Dans le rétroviseur Décembre 2015

Au paradis des Helvètes

Suisse sAttentif à la problématique des paradis fiscaux, Le Malotru sait aussi pouvoir compter sur ses amis et ses lectrices et lecteurs. Cette rubrique s’était fait un plaisir d’évoquer dans une récente livraison un « fait d’arme », l’initiative prise par une attacienne à Jersey en septembre 2014 de brûler publiquement sa carte bleue devant une agence locale de BNP-Paribas (Voir Bravo Martine, sacré souffle http://www.malotru.org/blog/du-couesnon-au-fremur/dans-le-retroviseur-4.html).Très récemment, un autre attacien à la vigilance légendaire nous a fait connaître une démarche moins spectaculaire mais tout aussi significative de cette lutte incessante pour la justice fiscale. Nous ne résistons pas au plaisir de la faire connaître, avec son accord. Ayant lu dans la presse, suite aux attentats de Paris, que la Suisse s’était émue de n’avoir pas eu accès aux fameuses « fiches S », il a écrit illico à l’Ambassadeur de notre discret voisin pour s’émouvoir, à son tour, de la faiblesse de sa coopération en matière de fraude et d’évasion fiscale. On appréciera à la fois la courtoisie et la fermeté de la missive dont Le Malotru a retenu les points essentiels :

Monsieur l'ambassadeur,


J'ai relevé dans la presse suisse aujourd'hui, que les autorités de votre pays se plaignent de ne pas avoir accès aux fiches S françaises

 ( http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/pierre-maudet-fiches-s-devraient-accessibles-suisse/story/13259278 ).

Jusqu'ici votre fédération n'a pas collaboré pleinement en matière d'évasion fiscale, privant notre état des moyens de sa politique et nous contraignant à contenir nos dépenses en matière de défense (de police, de justice, de santé, d'éducation, de politique sociale, de politique d'agriculture et de pêche, de culture,...), entre autres !

Quand votre justice se réveille, s'est pour s'attaquer aux personnes qui ont permis de révéler les fraudes commises par les banques suisses à l'encontre de notre république.

On peut parfaitement comprendre le souhait de votre pays, d'assurer la sécurité de ses citoyens, c'est légitime. Je n'ai aucun doute sur le fait que les autorités de mon pays ont tout autant ce désir de collaborer avec vous. Il faut seulement comprendre que c'est aussi une question de moyens (en personnel et en financement). Un état ne peut pas se comporter en prédateur financier à l'égard des autres et attendre en même temps de ceux-ci, la pleine assistance. La France est certainement disposée à travailler pleinement avec votre pays, tant qu'on ne la prive pas des moyens de sa politique.

J'ai eu l'occasion, dans le passé, de travailler avec des entreprises suisses, très honorables. (...). Il serait dommage que le secteur bancaire suisse (...), demeure lui, un obstacle à une sincère, amicale et franche coopération.

La réponse, semble-t-il, se fait attendre, mais Le Malotru ne manquera pas de la faire connaître à ses fidèles lecteurs et lectrices.

 

Déboires d’Outre-Tombe (Suite)

En intitulant ainsi sa rubrique-fiction consacrée à l’attribution du prix Combourg-Chateaubriand au « journaliste » Éric Zemmour (Voir....), Le Malotru était loin d’’imaginer que la réalité confirmerait si vite ses intuitions. Le récipiendaire qui, rappelons-le, avait dû s’enfuir sous les huées à l’issue de la « cérémonie », s’était déclaré - face aux réactions des critiques de cette attribution- amusé et "sidéré par la bêtise et par la médiocrité des accusations".

 Le courageux pétitionnaire de « Touche pas à ma pute ! », entre autres titres de gloire, sera-t-il également amusé par les récentes réquisitions du Parquet de Paris ?  Il est, en effet, poursuivi pour provocation à la haine envers les musulmans. Une peine de 10.000 euros d'amende est également requise suite aux propos qu’il avait tenus au journal italien Corriere Della Sera en octobre 2014 (Source : AFP 6.11.15).

Faisant alors la promotion de son livre "Le suicide français" (un long suicide de 140 pages...), il déclarait, par exemple, que les musulmans "ont leur code civil, c'est le Coran". La procureure Annabelle Philippe, peu sensible au talent d’Eric Zemmour reconnu par le jury du Prix Chateaubriand-Combourg, a estimé que ces propos "stigmatisants", "sans nuance", visaient "l'ensemble de la communauté musulmane".

Dans un réquisitoire qui résonne étrangement avec une certaine actualité, elle a mis en lumière sa responsabilité particulière : "On peut se demander" s'il n'a pas "pour but de la mettre en place cette guerre civile" qu'il prophétise, "de mettre en place tout ce qu'il faut pour y arriver", a-t-elle ajouté.

On retiendra également le propos de Sabrina Goldman pour la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme Le résultat de sa prose est qu’il "déculpabilise le discours des racistes du quotidien".

Tout rapprochement avec l’actualité, la montée du F-Haine, par exemple, les attaques nauséabondes contre Mme Taubira, ou les propos subtils de Nadine Morano, est naturellement fortuit. Fortuite également la récente condamnation (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/12/03/97001-20151203FILWWW00190-valeurs-actuelles-condamne-a-2000-d-amende.php)  par la cour d'appel de Paris du directeur de la publication de l'hebdomadaire Valeurs actuelles, Yves de Kerdrel, à 2000 euros d'amende pour provocation à la discrimination envers les musulmans, pour une couverture présentant notamment une Marianne voilée...

Concernant Eric Zemmour, le tribunal a mis son jugement en délibéré au 17 décembre.

Le Malotru et ses lecteurs et lectrices aimeraient naturellement connaître les sentiments qu’inspire cette actualité aux joyeux drilles qui, en attribuant leur prix à ce repris de justice, ont tenté de lui prodiguer honneur et dignité...

 

Actions non violentes et désobéissance civile

En ces temps où les droits les plus élémentaires de manifestations publiques sont mis sous le boisseau par un gouvernement certes soucieux de sécurité publique mais aussi engagé  dans une douteuse course à l’échalote sécuritaire, il est bon de s’attarder sur des formes d’expression citoyenne en dehors des chemins battus.

Faucheurs de chaises et « emprunt citoyen »

Malotru assis 1Chacun a pu suivre les aventures trop peu médiatisées des faucheurs de chaises qui, à l’initiative de Bizi/Alternatiba et d’Attac, en particulier, sont parvenus à rassembler 196 chaises correspondant au nombre de pays rassemblés à Paris pour la COP 21.

A la suite de la publication de l’appel « Debout et déterminés pour sauver le climat », au début de l’été 2015, des groupes de citoyens se sont engagés à visage découvert dans des « raids non-violents » mais déterminés, visant à « emprunter » symboliquement des chaises dans les succursales de certaines banques. Les plus ciblées (HSBC, BNP-Paribas etc.) étaient connues pour leur cynisme en matière d’évasion fiscale ou de financement de projets « carbonés » au moment même où elles s’apprêtaient parfois à parader comme « sponsors » de cette COP 21. Le but était donc clair : Rappeler que l’argent que les banques cachent dans les paradis fiscaux pourrait plutôt servir à la lutte contre le changement climatique. Depuis le 1er octobre, le même scénario s’est répété dans des dizaines d’ agences bancaires: Un groupe de militants entre calmement, l’un d’eux explique l’action au directeur de l’agence, pendant que d’autres font les tours des bureaux pour ensuite ressortir avec les chaises ainsi récoltées. Le Malotru (http://www.malotru.org/blog/vie-associative-et-politique/a-l-ouest-du-nouveau-du-cote-de-chaise-one.html) et les Brèves du comité local Attac Pays de Saint-Malo/Jersey ont rendu compte d’une action menée à Rennes à deux pas du T.N.B dans une agence du Crédit Agricole (Voir vidéo https://www.facebook.com/ANV-Rennes-1649283748684262/ )

Un des participants à cette opération, membre du comité local malouin, nous a rapporté combien il avait été particulièrement sensible à la manière dont elle s’est déroulée, et, surtout, à la jeunesse et à la détermination de celles et ceux qui avaient accepté de s’y engager. Les risques juridiques réels que représentait cette action non violente de désobéissance civile leur ont été naturellement rappelés. Au sens strict, il s’agissait de « vol aggravé en réunion », ce qui n’est pas sans conséquence, notamment pour leur avenir professionnel en cas d’inscription au casier judiciaire. Il a alors observé chez ces jeunes gens une conscience unanime et pleinement assumée d’un risque qu’à l’évidence ils connaissaient déjà et que certains étaient même fiers de relier à une tradition historique et politique bien connue. A l’heure où certains médias se plaisent à ressortir le marronnier du conflit des générations, il est intéressant de rappeler qu’à l’autre bout de cette chaîne des « faucheurs de chaises » des figures comme Edgar Morin, Susan George, Claude Alphandéry etc. se sont déclarées « receleurs » du butin symbolique ainsi réuni...

Une autre forme d’expression citoyenne originale mérite sans doute également l’attention du Malotru, les « Cercles de Silence ».

Colin-maillard silencieux porte Saint-Vincent

Cercle silence2 1Ce mardi soir 1er décembre, alors que les guirlandes de Noël éclairaient les remparts de Saint-Malo et que la nuit tombait sur la cité corsaire, certains touristes arrêtaient leur pas face à un étrange et silencieux ballet : Une quinzaine d’individus, qui allaient rapidement devenir une quarantaine, se tenaient debout en cercle autour de la faible mais obstinée lueur d’une bien-nommée lampe-tempête. Ils allaient rester là pendant une heure, parfois moins. Des passants se sont associés aussi pour quelques minutes au groupe après avoir échangé quelques mots. Certains habitués affichaient un message bref et simple au dos de leurs « gilets jaunes » ou sur de petites pancartes : « Que votre silence dise que l'enfermement en rétention dans les CRA (Centres de Rétention Administrative) est une atteinte grave à la dignité de l'individu ».

D’horizons et de convictions variées, ces personnes ont en commun la volonté d’appeler au respect inconditionnel des droits fondamentaux des personnes en situation irrégulière. On sait que de nombreux étrangers sans-papiers, y compris des femmes et des enfants, menacés d'être expulsés de France, passent par ces Centres de rétention administrative (CRA), tel celui de Rennes-Saint-Jacques, à Saint-Jacques-de-la-Lande. Cette action évidemment non violente alerte, à sa manière, sur des réalités dont bien peu s’inquiètent, surtout en cette période troublée où l’étranger, le réfugié, l’immigré, le sans-papier se trouvent jetés en pâture dans la même logorrhée sécuritaire.

« On se rend compte que très peu de gens savent ce qu'est un centre de rétention administrative et qui on enferme dedans », nous affirme un des  membres de l'équipe d'animation.  «  Cette action mensuelle interloque les passants et des dialogues peuvent alors s'engager ».

On sera sans doute étonné d’apprendre que ces cercles de silence se tiennent chaque mois dans plus de 160 villes de France.

Dans notre département, des associations très variées (Acat, CCFD, Cimade, Citoyens et chrétiens 35, Ligue des droits de l'homme, Mouvement de la paix, Secours catholique, Service civil international, etc.) invitent à ces rassemblements inscrits dans une tradition ouverte et non violente. Une touriste chilienne rencontrée ce mardi, par exemple, ne pouvait s’empêcher d’évoquer « Les Folles de la Place de Mai » ; un passant d’origine allemande rappelait, pour sa part, les rassemblements pacifiques qui, dans ce qu’on appelait l’Allemagne de l’Est » précédèrent la Chute du Mur

Prochain rassemblement: A Saint-Malo, le mardi 5 janvier 2016, de 17 h 30 à 18 h 30, porte Saint-Vincent ; à Rennes, le mercredi 6 janvier 2016, de 18 h à 19 h, place de la Mairie. Chacun peut y participer.

Informations : http://cercle.silence.over-blog.com

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