Dans le rétroviseur : Une Ile au large de l’espoir (2)...

On reproche souvent, à raison, aux discussions malo-malouines, dinardo-dinardaises, etc. de demeurer dans un cercle au périmètre trop souvent nombriliste ; elles gagnent toujours à s’ouvrir, en effet, à d’autres horizons, géographiques, historiques, politiques, plus ou moins comparables, et à en faire leur miel.

Le Malotru a déjà offert maint exemple de ce « pas de côté » qui permet de penser - et d’agir- mieux, peut-on espérer, avec d’autres regards. L’article sur l’AMAP-poissons de l’Ile d’Yeu, par exemple, ou celui sur la lutte victorieuse pour garder La Briantais dans le patrimoine commun de la région malouine, ont proposé ce type de détour. Ils nous ont valu des remarques et des appréciations très encourageantes de la part de certains de nos lecteurs.

A la suite de notre série de l’été 2016 sur « la Revanche de 36» qui tentait une synthèse de la problématique immobilière et du nouvel accaparement des plus beaux sites côtiers par de gros intérêts financiers, deux lecteurs, François et Alice B., membres de l’association Attac, nous ont fait connaître une de ces petites revues savantes dont il est de bon ton de se gausser parfois, mais dans lesquelles le Malotru fureteur peut trouver des pépites. Qui, à part les habitants et les habitués de Houat et Hoëdic, petites Iles du Ponant, a jamais entendu parler de Melvan, la Revue des Deux Iles ?

Melwan, à l’aide contre « nos Bolloré-à-nous » !

Revue associative, Melvan propose des articles sur l’archéologie, l’histoire, l’environnement de ces deux petites îles du Morbihan. Rédigées par des auteurs bénévoles, ces études visent tout simplement à enrichir la connaissance d’un lieu de vie très singulier, parfois menacé mais toujours résilient grâce à la ténacité de ses habitants. Cela ressemble fort à d’autres situations proches de nous.

De la bataille entreprise pour garder le Château du Nessay dans la communauté briacine au combat Autour Des Nielles à Saint-Malo, en passant par la cohorte de mégaprojets immobiliers sur nos côtes ou dans les espaces remarquables de nos cités, on retrouve toujours une sainte alliance entre des intérêts privés, très privés mêmes, familiaux ou dynastiques (Ah, ces « Messieurs de Saint-Malo ») et des élus consentants, conciliants, voire complaisants...

Notre propos est de suggérer - rien d’original, il est vrai- que l’histoire prouve toujours que seule une vraie colère collective et contagieuse, relayée pas des élus à l’intérieur même des municipalités et des communes, peut faire obstacle à ces funestes projets prédateurs d’espaces communs appréciés de tous.

 

Règle N° 1 du « porteur de projet » : Etre moderne, voire avant-gardiste

Toujours présentés comme « modernes », « favorables au progrès économique des populations et à l’emploi », ces projets visent, rien de moins, à faire entrer de gré ou de force des communautés -supposées archaïques- dans l’Histoire, en leur subtilisant leurs « communs », à l’image des fameux propriétaires terriens anglais imposant leurs « enclosures » en Irlande et en terre d’Albion. Ce sens de l’Histoire chez des contempteurs du moindre relent de marxisme peut faire sourire. Ainsi, à propos de l’ambitieux projet d’une Tour de 17 étages -hauteur 55 m- le déjà fameux Sémaphore, près de la Gare, Claude Renoult n’hésite pas à chausser les bottes de l’agitateur Jack Lang et du très moderniste François Mitterrand : « Nous sommes dans un contexte qui pourrait se comparer à la Pyramide du Louvre. A chaque fois qu’on a osé faire des choses un peu différentes et avant-gardistes, nous sommes confrontés à ce genre de réaction » (Ouest-France 16 6 17). Bref, fermez le ban, vous êtes ringards ! (1)

Refrain connu, mais toujours entonné sous des airs variés par des promoteurs, des aménageurs de territoire, des « porteurs de projet » ; bref, des malins qui, à Houat comme dans notre région, prennent aisément les autres pour des gogos manipulables à l’aide de magazines sur papier glacé, de concepts ronflants, et de budgets substantiels confiés aux meilleurs « communicants » et aux meilleures agences de « Relations Publiques ». Bref, chez ces gens-là, on sait jouer du pipeau..

La livraison Melvan N°14 (2017) propose un article d’Alain Vielvoye sur « l’engagement de la dynastie Bolloré à Houat ». Loin de faire le procès d’une famille dont l’attachement à la Bretagne est incontestable, cet article s’attarde sur un épisode méconnu qui vit un des membres de la dynastie Bolloré tenter une grande opération immobilière avec « les meilleures intentions du monde », dans la deuxième moitié des années 20. L’épisode, tel qu’il est narré, documents à l’appui, nous a paru d’un intérêt très contemporain. Un historien structuraliste dirait qu’on y retrouve tous les invariants d’un type de situation que nous connaissons désormais très bien chez nous. Point d’agressivité envers les-« grands patrons » dans ce très riche article, Melvan n’a rien d’un brûlot gauchiste, mais, on peut penser qu’il offre des enseignements utiles à nos combats ici et maintenant.

L’un des premiers résidents secondaires « vedettes » de Houat fut le célèbre boxeur Georges Carpentier, juste après la première guerre mondiale. Il fut suivi par quelques riches familles vannetaises, mais c’est la proposition faite par René Bolloré à la municipalité de l’époque qui suscita le plus de réactions.

On nous pardonnera l’anachronisme, mais c’était -déjà- une affaire de « Win-Win » Bref, une bonne affaire pour tous, comme savent si bien le dire nos élus et nos élites dans leur sabir globish, indice-on le sait- d’une incontestable modernité.

A cette époque, le papier à cigarette OCB (Odet Cascadec Bolloré) est utilisé bien au-delà de l’Hexagone, et même en exclusivité par les gros industriels états-uniens du tabac qui inondent déjà le monde. Bref, M. René Bolloré, lorsqu’il approche le « petit » Maire de Houat à l’été 1926, est un homme prospère, héritier d’une grande fortune, un « capitaliste patriarcal, paternaliste, mais aussi social-chrétien » écrit A.Vielvoye. Un indéniable amoureux de la mer et de la région, également, dont il ne souhaite qu’encourager la prospérité et l’emploi.

Bref, à lire ou à écouter nos MM. Raulic, Bazin, Mme Moncorps et consorts, on retrouve les mêmes bons sentiments et la même rhétorique. On retrouve aussi -n’en déplaise à beaucoup de nos chers élus- la même dissymétrie des rapports de force entre puissance financière promettant monts et merveilles et élus, trop heureux d’être associés à ces projets mirifiques et à leurs sémillants porteurs. On ne jugera pas ici de la sincérité des personnes -vaste problème. On observera seulement l’étrange similitude des situations et des développements à usage médiatique et politique justifiant ces projets.

Déjà propriétaire d’une grande partie des Glénans, dont il s’est engagé à conserver le caractère naturel, René Bolloré est crédible lorsqu’avant toute négociation il propose au Maire de Houat un vrai cadeau, son aide financière pour amener l’eau potable au bourg. Cela se passe en 1926, imaginez ! Face à la modestie, voire la faiblesse, d’un budget municipal, une telle générosité ne se refuse pas. On nous assure avoir vu plus récemment des ronds-points pris en charge par un promoteur de supermarché ou d’aquarium faire la différence dans certains dossiers d’urbanisme...

 

Règle N°2 : Etre crédible

René Moncorps, alors Président de la SACIB déclarait en 2006 : « Si on travaillait mal, ça se saurait ! ». D’ailleurs, le journaliste qui rapportait ce propos (Le Pays Malouin, 6 avril 2006) signalait alors que ce promoteur avait obtenu...75% des marchés de la construction en 25 ans à Saint-Malo. Si on n’est pas crédible avec cela !

Cette question de «crédibilité  aujourd’hui comme hier est essentielle pour s’assurer les bonnes grâces d’un Maire et d’un Conseil Municipal. Dans tous les cas de figure, on retrouve toujours le « Gotha » local, des notables au pedigree impeccable. Un René Bolloré ici, des Raulic, des Bazin, père et fils, là, ça pèse. Avec en arrière-plan, le groupe hôtelier Accor et Cie en carte de visite, avec même l’ex-Président Sarkozy au Conseil d’Administration depuis peu, et des carnets d’adresses longs comme le bras... De sacrés personnalités, donc, et, à l’instar de René Bolloré, généreuses, par-dessus le marché. La philanthropie est, par définition, gratuite, nul n’en doute.

 

Règle N°3 : Se montrer généreux

Certes, on sait aujourd’hui que le bateau finira piteusement 29ème et bon dernier, mais contribuer à la gloire de la SNBSM (Société Nautique de la Baie de Saint-Malo) en complétant les 30 000 euros de la Ville pour qu’un DIAM 24 brille dans le Tour de France à la Voile, voilà quelques libéralités que la presse ne devait pas manquer de saluer:

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Article et photo Pays Malouin 15 Juin 2017

 

Assurer, comme cela a été indiqué, que faire le tour du Nessay à pied sera toujours possible, voire plus aisé encore, après la transformation du Nessay en hôtel de luxe, voilà une concession, un cadeau même dont il conviendrait de remercier not’ bon Maître, non ? Comparé à d’aucun qui aujourd’hui encore oblige à contourner son domaine pour faire le tour de Rochers Sculptés à Rothéneuf, c’est un réel progrès dans notre siècle, non? On ajoute même, pour faire bonne figure, que le bon peuple pourra se payer une tasse de café en terrasse sans trop débourser. « Ce futur lieu sera donc accessible à tous, que l’on ait un pouvoir d’achat réduit ou élevé, le café à 3 euros, pas davantage... » (Martin Bazin, Ouest-France 16 mars 2016). On croit rêver, trop cool! Merci qui ?

Oui, les mêmes bonnes manières se lisent dans les comportements de nos bons maîtres quand il s’agit de réaliser ce qu’ils ont en tête d’imposer de gré ou de force. Qui saurait résister à un porteur de projet?

 

1926- René Bolloré, à peine arrivé à Houat, assure au Maire et au « Recteur » (le Curé, autre autorité locale) qu’il importe de sauvegarder leur ile des exigences prévisibles des spéculateurs à venir. Il leur demande de ne vendre aucun terrain ni aucune dune sans l’informer d’abord, prenant ainsi une option, comme on dit.

Comme on dit aussi chez nous, semble-t-il, ou comme cela s’est fait, paraît-il, à une époque où les affaires de cet ordre se réglaient oralement -aucune trace écrite ne sera trouvée- entre Premier Magistrat ou élu, d’une part, et famille entrepreneuriale immobilière locale, d’autre part. Si les langues pouvaient se délier, affirment certains, mais la prescription enterrera bien vite ces secrets de famille...

Le 1er mai 1927, les élus de Houat actent une promesse de vente exclusive, et préférentielle, à égalité d’offre par autrui, en faveur de René Bolloré, stipulant que cela « évitera l’immigration d’inconnus qui tenteraient d’acquérir des biens communaux pour les exploiter en leur faveur et faire de Houat une station balnéaire à la mode »...

Une délibération du 2 octobre 1927 confirme la promesse de vente portant sur 55 ha. L’auteur de l’article a calculé que compte-tenu du montant des travaux promis pour assurer l’adduction d’eau potable (70 000 francs), le prix moyen à l’hectare offert par René Bolloré peut être estimé à 3270 francs (2005 euros de 2015 selon l’INSEE), soit plus de trois fois celui des offres les plus élevées pratiquées alors sur l’ile (1000francs ou 613 euros de 2015). On a les moyens ou pas. Tout commentaire semble inutile.

On découvrira rapidement que l’eau issue du château d’eau construit avec les sous de René Bolloré a un goût bien saumâtre, au propre comme au figuré, diront certains, non sans ironie. Mais aucune obligation de résultat n’étant inscrite dans le contrat, que faire ? La promesse de laisser les terres sans construction, inscrite dans la délibération de 1927, n’a pas été reprise dans l’acte de vente de 1932. Cette « ferveur environnementale » du clan Bolloré restera néanmoins intacte pendant quelques décennies.

 

Environnement et affairisme, Houat, années 60-70, un cas d’école

A partir de 1966, Michel, un des fils de René, qui deviendra bientôt Président de la société Bolloré, fait connaître à la commune de Houat des intentions encore assez vagues de projet de construction. La période est déjà, à Houat comme ailleurs, teintée d’affairisme, de tensions financières sur l’immobilier, de négociations secrètes sur le constructible et le non constructible; c’est- déjà- l’époque bénie pour certains de Main Basse sur la Ville (1963 Francesco Rossi, Lion d’Or à Cannes).

Michel Bolloré est proche du « tout-Paris », ami de Bernard Buffet et de Françoise Sagan mais aussi d’Edmond de Rothschild, de Marcel Dassault, et de Georges Pompidou... Là encore, on observe des « cercles » et de possibles connivences comme on en retrouve à chaque fois ou presque dès lors qu’on va au-delà de la surface et de l’information des échotiers locaux. Remplacez ces célébrités d’époque par celles d’aujourd’hui, locales, régionales, nationales et le tableau ne sera guère différent quant au « bruit de fond » de nos pratiques affairistes du moment. Bref, tout ce qui fait les délices de sociologues comme le couple Monique et Michel Pinçon-Charlot dont on lira avec intérêt les ouvrages éclairants sur ces milieux (Sociologie de la Bourgeoisie 2016, Panique dans le XVI ème 2017, Les prédateurs au pouvoir 2017).

Très vite, certains élus de Houat flairent le danger. Et ils n’hésitent pas à rappeler «l’esprit du père» contre l’appétit du fils. « Il faut s’opposer à toute construction et respecter les engagements du père » écrit alors le Dr Renard. Il sait que certains autres élus ne sont pas insensibles à l’alléchante proposition de Michel Bolloré de construire « 44 petites maisons », quitte à lui demander d’apporter son concours, à l’instar de son père, par exemple, le don d’un terrain et l’aménagement d’un camping dont l’ile a bien besoin.

Dans ses souvenirs, le Recteur de l’époque, cité par A.Vielvoye qui l’a rencontré en 2013, rapporte que Michel Bolloré, alors que le Recteur lui déclarait nettement son opposition, n’avait pas hésité à « mettre la pression » en lui affirmant haut et clair qu’il était soutenu dans son projet de « marinas » (sic) par des « politiciens de haut rang », le même recteur ajoutant-en 2013: « D’ailleurs, dans la famille Bolloré, c’est toujours réglé avec des politiciens de haut rang », Vincent Bolloré, âgé de 17 ans à l’époque des faits relatés, appréciera sans nul doute ce témoignage aujourd’hui et l’emploi pertinent de ce présent intemporel... Qui oserait penser ou affirmer que de tels arguments sont utilisés encore aujourd’hui sous nos latitudes malouines et autres ?

Le projet de Michel Bolloré était d’importance, constitué de cinq hameaux de 8 à 10 maisons avec une place centrale et une buvette. Préfet, député (Christian Bonnet, maire de Carnac depuis 1964 et futur ministre, notamment Ministre de l’Intérieur en 1977), administrations concernées, chacun y alla de son avis, de ses doutes aussi. Dans un rapport qui se voulait « clair, impartial, complet » rédigé à l’adresse de ses conseillers et -au-delà- de la population, le Maire dressa une liste sans concession des avantages et des inconvénients du projet. Tout à fait le genre de document qu’on aurait aimé trouver à disposition du public dans les dossiers qui nous concernent aujourd’hui dans notre région de Saint Briac à Cancale et au-delà. Qu’on en juge.

Parmi les arguments en faveur d’un éventuel refus, on lit ceci : Ce projet « apparaît comme le type même de ces réalisations foncières basées sur la spéculation cherchant à tirer profit des richesses de l’île et de son environnement sans tenir compte des intérêts de ses habitants (...) Sa réalisation tournera autour d’un milliard de francs avec des retombées très faibles pour la population (...) Un tel projet risque d’en entraîner d’autres. (...) Même si elles existent, les limites ne tiendront pas car M. Bolloré à le bras long et on finira par les « tourner »...

Voilà ce que pouvait alors écrire un Maire, en 1971 ; on croit rêver, quand on compare cette franchise à la bien-pensance feutrée et au politiquement correct de la plupart des édiles aujourd’hui. Et à frilosité, voire l’hostilité manifestée pour tout débat public sauf lorsqu’on y est contraint : « On ne va pas mettre aux voix chaque projet que la ville est amenée à développer » (C.Renoult Ouest-France 16 6 17).

Le Maire d’Houat, en 1971, poursuivait ainsi son scénario à valeur pédagogique : « Ces constructions vont créer un appel d’argent qui va inévitablement introduire des activités de loisir...dans lesquelles petit à petit les Houatais se retrouveront comme de modestes salariés pour deux mois de l’année ».

 

Question toujours pertinente ici et maintenant quand l’argument de l’emploi est, nous dit-on, celui qui l’a emporté dans la concurrence des projets pour chacun des sites concernés aux Nielles comme au Nessay : Quels emplois? Pour quelle utilité sociale? Quelles garanties pour ces promesses ?

Le même Maire de Houat, par esprit de loyauté, dressait, en parallèle de la précédente, une liste des avantages qu’apporterait la réalisation du projet, à condition que certains amendements y soient apportés.

Avec un pragmatisme et un sens du compromis tout îlais, le Maire écrivait : « Tout refuser paraîtrait manquer d’élégance... Soyons réalistes... Si nous voulons pouvoir contrôler ce tourisme, plaçons-nous, formons-nous, tenons y un rôle ; préparons au moins nos enfants à le tenir, nous pourrons l’orienter en fonction de l’intérêt général ».

Entre autres contraintes, la liste réduisait de 44 à 10 ou 20 maisons « sans espoir d’en ajouter une seule autre », et un clair refus était exprimé de voir construire « dans un style cosmopolite et « passe-partout », ce genre de maison (qui) sévit hélas tant sur les côtes de la Baltique et de la Méditerranée que sur l’Atlantique et le Pacifique. A Houat, il faut construire « breton et îlien »

Toute comparaison avec l’appétence locale des édiles malouins pour les hautes tours et autres « Sémaphores », ou pour le style architectural modern-Bizeul qui, a défiguré certaines parties du Sillon dans les années 60, est évidemment bienvenue; le rapprochement sera également facile avec des délires à flanc de falaise comme le projet initial des Nielles, tel qu’il était présenté par le Groupe Raulic et la Municipalité en novembre 2016 :

7nielles

 

« Bien poser le problème », tel était le souci affirmé par le Maire de Houat. « Les administrés ont le droit eux aussi d’être informés. Ils verront que la Mairie de Houat n’est pas la Maison du Mystère... En développant les arguments invoqués par les partisans de l’une ou l’autre position, en exposant les motivations qui les inspirent, le présent travail fait apparaître que les temps sont révolus où une municipalité n’avait qu’à expédier les affaires courantes ».

Septembre 1971, temps révolus, vraiment ? Ou paroles dignes pour aujourd’hui ? Voilà comment s’exprimait un « petit maire », il y a près de 50 ans, face aux pressantes demandes d’une des grandes fortunes de France. Réaffirmant la légitimité de la parole publique en la faisant concrètement confirmer par un dialogue authentique avec les citoyens, cet exemple n’est pas sans offrir bien des enseignements.

Et comme dans toute bonne histoire, que croyez-vous qu’il arriva? A la lecture du rapport, Michel Bolloré intima au Maire de Houat de mettre un terme au camping qu’il tolérait sur ses terres. Un résident suggéra de s’adresser à G. Pompidou pour trouver un compromis acceptable réduisant le projet initial, mais la tension fut vive pendant longtemps.

Au final, Michel Bolloré prit la mesure d’une opposition de plus en plus nettement affirmée par la population et par la municipalité face à son projet, même amendé. Dans un courrier à Alain Vielvoye (l’auteur de cet excellent article de la Revue Melvan) Vincent Bolloré, le fils de Michel (décédé en 1997, âgé de 75 ans), écrivit en avril 2016 : « J’ai, en effet, le souvenir de mon père (...) renonçant sans difficulté au projet (...) sur Houat, ne voulant pas aller contre la volonté locale et n’étant pas intéressé par les éventuelles valorisations... »...

Réécriture de l’histoire ou bouffée rétroactive de piété filiale, on laissera chacun juge. Mais la piété tout court de notre « champion national » à la bretonitude sans faille fait depuis longtemps la joie des gazettes (2). On sait aussi que le fils Vincent dégaine l’assignation en justice plus vite que son ombre...

 

A Houat, la plupart des terrains en question, 40ha, furent acquis plus tard par le Conservatoire du Littoral, la famille conservant 13 ha. La parole donnée par le grand-père René a été, au final, respectée par sa descendance, et le lieu reste magique. L’attachement de la population et des élus à leur patrimoine s’est exprimée clairement, la population n’a pas cédé à l’appel des sirènes de la finance et aux promesses mirobolantes, elle ne s’est pas soumise aux intimidations des puissants.

Cet épisode est-il exemplaire au-delà de ses singularités locales? Chacun pourra conclure à sa manière et y trouver un encouragement à la résistance, au rassemblement des associations de défense, et aux contre-projets dans chacun des cas qui nous importent aujourd’hui dans notre région.

 

NOTES :

(1) « Avant-gardiste », ce projet de tour ? Rien n’est moins sûr si on en croit l’ancien Maire de...New-York, Michael Bloomberg dont Not’bon Maire ne pourra pas remettre en cause à la légère les compétences ni les qualités d’entrepreneur. C’est précisément à l’inauguration du nouveau siège européen de l’entreprise qui porte son nom qu’il a tenu des propos iconoclastes sur le sujet. Il était alors en plein quartier d’affaires londonien, entouré de gratte-ciel déjà vieillis que les cockneys ont baptisés de noms charmants, la râpe à fromage, le cornichon, etc... Pour ses 4000 employés, il a préféré tout l’inverse, respectant l’environnement patrimonial et historique de la City, à rebours des compétitions infantiles à qui a la plus haute, la plus ceci, la plus cela... Alors que le permis de construire autorisait 20 étages, Norman Foster, une des stars de l’architecture mondiale, a construit à sa demande un magnifique bâtiment de seulement 10 étages... « Bloomberg ne voulait surtout pas d’une tour de verre de plus. Il voulait éviter les décorations artificielles et préférait un bâtiment digne et discret », résume Michael Jones qui a dirigé le projet du Maître... (Voir « Quand Bloomberg porte un coup fatal aux gratte-ciel » Le Monde, 8 novembre 2017)

(2) On invitera, à ce propos, nos lecteurs à découvrir le savoureux article La Prière à Saint-Bolloré paru dans l’édition du 1er novembre du Canard Enchaîné. On lira -dévotement- la « prière à Notre-Dame de Kerdévot » que l’illustre Vincent partage avec ses visiteurs, comme il le fit le 17 février dernier en compagnie de J.Y Le Drian et de Bernard Poignant, pour célébrer les 195 ans de son groupe. On en extrait ces quelques lignes: « Nous te prenons pour protectrice spéciale et te consacrons particulièrement nos personnes, notre groupe et tous nos biens matériels. Inspire-nous une sainte conduite (...) Délivre-nous de tous les genres d’injustice dans la vie sociale, de la perte de la conscience du bien et du mal... ».

Mais nous avons conscience de nous éloigner du sujet, que nos lecteurs nous pardonnent, N.D de Kerdévot aussi !

 

POST-SCRIPTUM :

Alors que Le Malotru « bouclait » cet article, deux nouvelles sont arrivées qui pourraient éclairer positivement quelques points.

Tout d’abord, un article d’Ouest-France du 8 novembre 2017 signalait la volonté du Maire de Cancale d’associer sa population à la dizaine de projets d’aménagement et de rénovation en train de voir le jour (site de l’ancien hôpital Hamon-Vaujoyeux, ancienne Eglise Saint-Méen, Théâtre de Verdure, Rue Duquesne, Rue du Port, etc.). L’article intitulé « Aménagement de la Ville : La parole à la population » pourrait en inspirer plus d’un... Il reprend les paroles de P.Y Mahieu : « Il nous semble important de continuer à associer les Cancalais le plus largement possible en organisant des réunions publiques pour aborder, de façon concrète, les évolutions envisagées : voiries, bâtiments, centralité, logements ». Suit la liste des réunions publiques concernant chacun des projets, avec cette invitation : « Nous convions les Cancalais, le cœur de ville les concernant tous, à partager et à élaborer ensemble, avec l’aide du cabinet d’architectes ». Vœu pieux, à suivre en tout cas...

Le même jour, le même quotidien, sous la rubrique Saint-Briac, évoquait l’opposition « musclée » à l’extension légale de la servitude de passage des piétons en bordure du littoral briacin, entre le Perron et la Grande Salinette. Le titre explicite « Le Préfet veut appliquer une servitude de 1976 » confirmait l’autorité publique comme garante de l’application concrète de la loi, sans dérogation. La DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer) met ainsi un terme à une pratique intolérable d’intérêts privés empêchant l’accès de tous au rivage dans ce dernier bastion. L’arrêté du 27 octobre est sans ambigüité : « Les agents de la DDTM sont autorisés à pénétrer dans les propriétés privées, dans le cadre de la mise en œuvre de la servitude de passage, le long du littoral, sur la commune de Saint-Briac-sur-Mer... »

On rappellera brièvement que l’Association des Chemins de Ronde (ACR) fut créée il y a 50 ans à...Saint Briac. Elle vous invite d’ailleurs à fêter cet anniversaire et à poursuivre ce combat à leurs côté. Occasion également de rappeler les coordonnées des associations mentionnées dans notre article, et d’inviter nos lecteurs à les rejoindre, bien sûr.

8logoacr

Amis des Chemins de ronde d'Ille et Vilaine

Patrice Bauché

www.acr35.fr

06 86 40 66 47

4logo nessay       

 Association Le Nessay pour tous,
40 rue du bois avril - 35800 St Briac sur mer

nessaypourtous@gmail.com 

91logonielles

Autour des Nielles

 

90 avenue du Président John Kennedy  - 35400 SAINT-MALO

 

 

 

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