Editorial : Et maintenant, payez la note !

Renoultphone

Ainsi donc, dans la gamme des décisions de la municipalité malouine de privatisation tous azimuts depuis l’accès aux vastes espaces du bord de mer jusqu’aux jardins publics les plus discrets, en passant par la vente à un groupe hôtelier de tel bâtiment initialement cédé par l’Etat pour accueillir un musée de la marine ou l’affectation de locaux de la médiathèque à des activités commerciales, nous voici avec une nouvelle annonce qui sonne étrangement à l’oreille du Malotru. Sans tambours ni trompettes la municipalité décide de ne pas renouveler la convention passée avec l’Ecole de Musique de la Côte d’Emeraude. Accueillant 430 familles de toutes catégories sociales et provenant de toute la Côte d’Emeraude, cette école associative fortement impliquée dans l’action pour la démocratisation de la culture impulse également de nombreuses manifestations gratuites, un dispositif pédagogique musique et handicap ainsi qu’un éveil musical de la petite enfance. Pour sûr, cette décision ne doit rien à l’improvisation.  La mélodie est connue, le rythme est soutenu et la cadence bien marquée. Le Malotru tend l’oreille, comme toujours… Les vibrations désespérées d’un violon torturé par un musicien en herbe auraient-elles dérangé le sommeil de nos élus ? Les sanglots désespérés d’un tuba à l’agonie auraient-ils agacé leur pavillon d’ordinaire peu sensible aux sons désagréables venus du dehors ? Pas si sûr. D’aucuns murmurent que le tintement des espèces sonnantes et trébuchantes ainsi conservées dans les cassettes du budget municipal aurait un charme particulier propre à émouvoir le cœur de nos petits argentiers locaux, apparemment plus sensibles aux accents de la rentabilité financière que de la justice sociale. Peut-être bien en effet -le Malotru connaît la musique- et comme dans le contre-chant on pourrait aussi y voir -mezza voce- une autre ligne mélodique, comme une partition entre riches et pauvres, les uns ayant droit à la beauté, à la culture, aux arts et les autres non, au seul motif que dans le monde merveilleux de l’argent roi, tout est accessible à ceux qui en ont les moyens, et que l’on tolère les autres à condition qu’ils ne coûtent rien. Comme une forme sournoise d’une société inégalitaire où on ne parle plus d’enrichissement humain mais d’enrichissement tout court, où la notion de bien public se voit soumise à la seule logique financière de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes, où ce qui était utile à tous devient une source de profits pour quelques-uns.

Vivre à Saint Malo est un luxe et l’émeraude se vend bien.  Stationnement, campings, hôtels de luxe, voire certains sentiers côtiers… même la piscine du Naye, si l’on en croit les bruits qui courent : aisément accessible, parfaitement intégrée dans le tissu urbain, située dans un environnement superbe, il est question de la remplacer par un établissement aqua ludique dont la finalité sera encore une fois essentiellement financière. Petits nageurs, dehors. Les valeurs du sport ne sont plus celles que vous croyez. Les choix économiques sont têtus et ne traduisent rien d’autre que l’idée qui les sous-tend, celle d’une société éclatée où les privilèges sont la règle et l’égalité l’exception. Ainsi, petit à petit, il se passe pour les malouins comme pour les habitants d’autres sites d’exception, contraints de partir, dépossédés de leur lieu de vie, de leurs paysages et de leur bonheur d’être ici.

st malo Editorial tout2