Editorial : un cauchemar de Malotru

Nous sommes en 2050.

 

La Provence étant totalement désertifiée, il revient à la Bretagne de produire en masse des olives, en remplacement des artichauts à présent cultivés en Norvège…

Sans passer par une Abominable Planification Bureaucratique, l’administration gouvernementale réfugiée à Calais (Paris étant évidemment devenu invivable) a multiplié les crédits d’impôts, report de dettes, et toutes méthodes à sa disposition dans le cadre de la concurrence européenne toujours aussi « libre et non faussée ».

Globe

Seule la monoculture intensive a permis à la Bretagne de produire en masse l’olive indispensable à l’apéro et à une alimentation riche en « delta 6B », le nouvel eldorado de la « sainebouffe ».

Bien sûr, il s’agit d’exporter ce produit-miracle à bas prix partout dans le monde, et particulièrement en Grèce où la dette atteignant 800 % du PIB a nécessité des mesures drastiques et transformé le pays en camp de réfugiés intérieurs (bien cachés pour que les passagers des villes-bateaux de croisière - essentiellement des chinois et des russes - admirent les paysages et les ruines antiques sans être perturbés par la misère ; il ne faudrait pas tarir la seule ressource restant à cette malheureuse nation victime du laxisme des ennemis de la Finance Salvatrice).

 

Effet inespéré, cette production de masse a enfin éradiqué dans les régions françaises les petits paysans écolos et les rétrogrades « locavores bio-soutenables » qui les maintenaient dans l’illusion qu’ « une autre agriculture est possible ».

 

La COP 21, suivie de la 22, la 23 et la 24 n’a pas réussi à arrêter le progrès. Il faut dire que le monde a eu d’autres chats à fouetter. Les migrations massives dues à la multiplication des guerres locales et aux catastrophes climatiques ont fait bizarrement passer au second plan les causes de ces migrations : le fascisme pseudo-religieux conquérant, la désertification des terres au sud, et la montée des eaux partout qui réduit inexorablement la surface de terres cultivables.

 

Les courants autoritaires n’en ont fait que prospérer davantage. Seule une société bien encadrée, des services de renseignement bien outillés grâce à une surveillance électronique généralisée, un contrôle social serré depuis l’école maternelle, un chômage élargie permettant de confiner les populations dans des préoccupations quotidiennes selon le principe « ne pas penser : survivre », ont permis un développement sans précédent de régimes à poigne et  l’accumulation du capital dans quelques mains expertes seules capables d’assurer la survie de l’espèce humaine.

 

Ces financiers sages ont en effet décidé de mettre leur richesse au service de l’Humanité. Car seule les techniques de pointe pourront résoudre les problèmes. La construction de premières villes sous globe est lancée, celles-ci assureront aux élites triées sur le volet un confort de vie inégalé permettant un nouvel age d’or. De l’eau, de l’air, une température parfaite, une nourriture de synthèse parfaitement contrôlée, une sécurité sans faille, voilà ce que permettra le développement de cet habitat nouveau qui prouve enfin que la solution aux crises est technologique et non pas écologique. CQFD…

 

Le Malotru a été réveillé par ses propres hurlements, son cauchemar s’est estompé lentement, il  se promet de publier jusqu’à son dernier souffle pour que la réalité soit différente, il lui reste trente-cinq ans pour s’assurer qu’un autre monde est possible en 2050, humaniste et joyeux.

Editorial tout1