CETA n'y pas croire !

« Le Canada, nouvel Eldorado pour l’Ille et Vilaine ! »
A propos d’un article d’Ouest France du 21 septembre dernier

Plutôt que nous montrer en illustration un Montréal (bretonnisé ?), il aurait mieux valu exposer cette photo des gros actionnaires des multinationales issues de Bretagne (ou pas) traversant l’Atlantique à bord d’un radeau de la méduse couvert d’or, un Eldorado plus réel que celui que nous promet OF dans son article du 21 septembre.

Eldorado

 

Le CETA voit prolonger son application provisoire d’un an !

Plus les nations d’Europe retarderont le processus de ratification, plus le CETA fera de dégâts. Les grands groupes des deux côtés de l’Atlantique ne sont pas pressés, ils ont l’essentiel sans que les citoyens n’aient leur mot à dire. Le rêve ! L’Eldorado !

On comprend que dans le calendrier politique, ce ne soit pas le bon moment pour une tentative non-garantie de ratification (qui devait avoir lieu au second semestre 2018 et est reportée d’un an) : d’une part, on ne voudrait pas fâcher les gens avant les élections européennes de mai 2019, d’autre part Paris a choisi d’attendre l’avis de la Cour de justice de l’UE sur la disposition la plus sulfureuse du CETA, le mécanisme d’arbitrage, au printemps 2019. Enfin, l’Etat attend les conclusions d’une étude d’impact du CETA sur l’économie française, réalisée par des économistes du CEPII.

OF n’attend pas cette étude d’impact pour publier un panégyrique du CETA au regard des intérêts bretilliens (si tant est qu’il y ait « des intérêts bretilliens» en soi !), critiquant au passage ATTAC sur des arguments qui ne sont pas les nôtres et nous font passer pour des nationalistes-populistes que nous ne sommes évidemment pas.

Les producteurs de lait bretilliens (entendre les grandes coopératives agricoles qui n’ont plus de coopérative que le nom tant elles sont insérées dans la mondialisation)  se félicitent de mieux exporter leurs fromages ! Nous comprenons que le Canada et tout le continent américain attendaient le fromage breton avec impatience… mais nous ne sommes pas persuadés du grand intérêt de contribuer au réchauffement climatique de cette façon. Que chaque pays propose au commerce international les marchandises qui ne peuvent être produites ailleurs semble assez normal (nous ne voudrions nous-mêmes pas nous priver de café ou de chocolat), à la condition expresse d’intégrer à leur prix le coût de la pollution que provoque leur transport. Exporter par exemple des poulets congelés ou du lait en poudre est bien plus contestable, ne serait-ce que parce que cela détruit les économies locales. Diana food, qui produit du jus de carotte pour les yaourts à la fraise (sic !) peut bien s’enthousiasmer, les « fleurons de l’économie bretonne » que sont les transnationales Roullier ou Yves Rocher n’ont de breton que le nom de leurs actionnaires, et leurs gains de productivité ne profite au final qu’à ceux-là, d’où qu’ils viennent.

Nous préférerions quant à nous que Roullier cesse de détruire la baie de Lannion en extrayant les sables coquillers au mépris de la chaine écologique (c’est quasiment fait, la lutte a payé !), et d’empuantir régulièrement St Malo en laissant s’échapper les poussières chimiques que la TIMAC y transborde sans précautions.

Pour revenir au CETA (outre que les chiffres annoncés sont non officiels et proviennent essentiellement de l’Ambassade du Canada à Paris ou de déclarations des entreprises exportatrices via les douanes - au doigt mouillé), l’article ne mesure pas l’augmentation de la pollution que produit mécaniquement l’accroissement des échanges trans-atlantiques. « Détruire le monde, qu’importe, du moment qu’on s’en met plein les fouilles ! », cette loi de la mondialisation économique ne fait pas partie du bilan, puisqu’on ne paie pas les externalités. Même un « impact positif sur l’emploi », argument toujours avancé pour justifier toutes les dérives, reste à prouver (ce que ne fait pas l’article, ne serait-ce que parce que l’augmentation de l’activité n’a pas toujours cet effet, loin de là).

Le CETA est même dangereux pour l’économie bretonne : avec la suppression de 93% des droits de douane sur les denrées agricoles, l’agriculture bretonne va se retrouver en concurrence avec des fermes usines qui exporteront vers l’UE, à des coûts bien inférieurs, 65 000 tonnes de bœuf et 80 000 tonnes de porc. Seuls les grands groupes seront en mesure de supporter la concurrence, ce qui entraînera à terme une disparition des petites et moyennes exploitations. Mais OF ne semble pas en voir ces effets.

Et, oui, le CETA provoque toujours chez nous de « vives réactions ». Le sous-texte est clair : nous serions rétrogrades, dépassés par les mirifiques résultats de 9 mois d’application provisoire.

L’article semble nous citer, nous aimerions avoir la référence car nous n’y reconnaissons pas notre plume !

Certes, ces accords de libre-échange sont bien pour nous un déni de démocratie, non parce que la démocratie serait d’essence nationale voire nationaliste (nous ne confondons pas les Etats et les peuples), mais parce qu’ils sont élaborés dans le plus grand secret et qu’on y retrouve essentiellement la plume des lobbies économiques (qui, eux, sont associés). Savons-nous tous que le JEFTA vient d’être signé (le 19 juillet) en notre nom et sans le moindre débat, sans la moindre information ? Combien d’européens savent ce qu’est ce JEFTA, cet accord de libre-échange Europe-Japon ? Comme le roucoulent Les Echos, « Il reste aux parlements nationaux à ratifier ce bel accord, chose qui devrait être faite courant 2019 ».

Mais surtout, et l’article se garde bien de l’évoquer, tous ces accords élargissent la concurrence mondiale au détriment des petits producteurs locaux, augmentent le dumping social et sont destructeurs de l’environnement. Une broutille !

Enfin, oui, le CETA et d’autres ( pas le JEFTA qui ne comporte pas cette clause) dessaisissent les Etats au profit des multinationales, via le mécanisme de « règlement des différends ». Une entreprise peut attaquer un Etat lorsqu’elle estime qu’une loi risque de minimiser ses « profits attendus ». Les exemples pratiques sont nombreux, on les trouve facilement dans la littérature spécialisée. S’agit-il d’un mécanisme de Justice ? Non, l’organe qui rend la sentence est un tribunal privé, terrain de jeu ou sont promus « juges » des avocats d’affaire parmi les plus en vue sur le marché.

De plus, dans le CETA en particulier, un mécanisme d’évolution continue permet d’élargir l’accord sans aucune consultation nouvelle, ce qu’on appelle la « coopération réglementaire » (déjà en action).

Pour en terminer, si Hulot regrette que le climat soit « le grand absent du traité », nous ne dirions pas les choses comme ça. En effet, la destruction du climat n’est pas absente du traité, elle en est une conséquence directe (Total par exemple se prépare techniquement à traiter les importations de sable bitumineux de l’Alberta, c’est-à-dire le pétrole de schiste). Et l’on ne peut réduire le crime écologique au seul réchauffement climatique, nous verrons bientôt débouler dans notre assiette, sans aucune traçabilité, le saumon transgénique canadien.

On se fera d’ici un an une idée un peu plus réelle des retombées de l’application provisoire du CETA, qui risquent d’être sujet à controverse selon qu’on privilégie la planète et ses citoyens, ou les profits financiers de quelques ploutocrates un peu inquiets de la stagnation actuelle de la mondialisation et de la faiblesse croissante des taux de profit.

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Pour aller plus loin, le premier bilan de l’Institut Veblen : http://www.fondation-nature-homme.org/sites/default/files/presse/cp_ceta_19-09-2018.pdf

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