Dans le rétroviseur : Globish, Sing sing, Condor

Globish, One-shot and Co. Semaine de la langue française :

Après trois rubriques  consacrées depuis un an à l’insidieuse présence du « globish »,  ce sabir à base d’anglais qui ne ressemble à rien et qui semble toujours du dernier chic, on pensait en avoir fini une fois pour toutes. D’aimables lecteurs se sont émus de notre intention de mettre un terme à nos observations. « La bêtise, c’est de conclure » nous écrit même l’un deux, citant Flaubert. L’altermondialisation sera polyglotte, ou ne sera pas, suggère un autre, de façon définitive. Le Rétroviseur se voit donc condamné, douce violence, à relayer cette fois encore quelques remarques, coupures de presses et autres preuves indubitables de ces crimes linguistiques à l’âge de la « globalisation », pardon, de la mondialisation.

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La semaine de la langue française a donné lieu à de très heureuses initiatives ici et là, y compris dans notre région. Notre pays a été également traversé de débats byzantins sur une pseudo réforme de l’orthographe, « réforme » qui date, en fait, de deux décennies. Mais –est-ce la peur de passer pour « néo-réac » ?- peu de gens semblent s’émouvoir de ce que la linguiste Pascale Casanova appelle la colonisation par la langue mondiale, réputée « moderne ».

A Saint-Malo au sein de cette rubrique, nous avions naguère partagé une « promenade linguistique » dans le périmètre immédiat de La Grande Passerelle où la modernité des commerces se targue d’user de la langue du « soft power » pour séduire le chaland. http://www.malotru.org/blog/st-malo/balade-en-novlangue-le-nouveau-centre-de-saint-malo.html

Pour mémoire, on notera que l’expression « soft power » est aussi celle du titre de l’émission du réputé «-gauche-culturelle » Frédéric Martel depuis 18 mois sur l’antenne de France-Culture, oui, vous avez bien lu.

On se rassurait en concluant alors que, telle une forteresse, la Grande Passerelle résistait aux assauts du « globish ». Jusqu’au jour où, objet d’un autre billet du Rétroviseur, le « Buzz » figura en toutes lettres sur les vitres du bâtiment pour signaler un espace de « co-working », lieu évidemment moderne de créativité pour particuliers et entreprises de « fabLab » et autres jeunes pousses, sorry, start-up... Au moins l’Espace médiathèque, là où il y a aussi de « vrais livres » (on a rien, rassurez- vous contre les autres) semblait-il à l’abri de cette marchandisation langagière. Mais, la dernière digue a sauté depuis peu avec l’apparition, en caractères gras, sur les étagères du rayon bande dessinée, de l’expression « One-shot Adulte ». Comprenne qui pourra...

Renseignement pris auprès d’une bibliothécaire toute surprise de notre question, il s’agirait de signaler ainsi les B.D publiées en un seul volume et non au sein d’une série. « Nos jeunes lecteurs sont majoritaires pour cette littérature, ils comprennent très vite cette appellation ». Fermez le ban...

Au même moment, on apprend qu’à Pleumeleuc, près de Rennes, par exemple, le restaurant Mc Donald’s  se propose d’offrir des...cours d’anglais gratuits « à ceux qui ont un projet de voyage, aux enfants, aux lycéens » (Ouest-France 7 mars 2016). Le lendemain, à Saint-Malo, le Groupe Beaumanoir ouvre une boutique  dans la galerie de La Madeleine (Ouest-France 8 mars 2016). On apprend que le magasin bénéficie du système « click-and-collect ». Le propos est clair : « Nous voulons offrir une nouvelle expérience shopping pour que le shopping ne soit plus une contrainte, mais un plaisir ».  Ouest-France Saint-Malo qui –incidemment- offre une page de publicité gratuite à notre champion local titre son article : « Un magasin Vib’s ouvre demain à la Madeleine ». Et l’article commence ainsi : « Vib’s. A prononcer à l’anglaise, de la même façon que le mot « vibes », vibrations ». Il précise même : « Le groupe malouin espère que les « good vibes », les bonnes vibrations, se propageront chez les consommateurs » ; Si avec tout cela, vous n’êtes pas «Beaumanoir vib’s fashion-victim », c’est à désespérer...

Comme on l’a vu avec la Grande Passerelle, on aurait tort de penser que ce globish se déploie essentiellement dans la sphère marchande ou financière. Certes, notre bon vieux Crédit Agricole s’est donné récemment un coup de jeune dans la région en créant dans le quartier d’affaires de la Courrouze, à Rennes, un « concept de village dédié aux start-up innovantes complémentaire de la French Tech », intitulé « Le Village by C.A » (Ouest-France 3 mars 2016). Mais la veille (Ouest-France 2 mars 2016) on apprenait aussi qu’un triathlon XXL allait enfin voir le jour à Saint-Malo sous le nom limpide de « Ironcorsair ».

 Commerce, sport, culture, rien ne semble pouvoir échapper  à cette marée du siècle. La marée elle-même, selon Ouest-France (9 mars 2016), conduit la police municipale à prévoir des « big bags » pour protéger la cité malouine. Bigre, si la maréchaussée s’y met, on ne pourra même plus se plaindre en disant : Que fait la police ? Help !

Certes, il s’agit ici d’un petit échantillon circonscrit dans le temps et non dans l’espace cette fois, quelques deux ou trois semaines de lecture plus ou moins distraite du quotidien local. L’organe municipal malouin consacré au tourisme avait également commencé très fort l’année 2016 en distribuant abondamment son  guide annuel, intitulé Saint-Malo, The place to be, ajoutant plaisamment en petits caractères : « With Chateaubriand and Anne de Bretagne » 

Le Malotru pourra sembler monomaniaque, mais, comme nous l’avons déjà suggéré, le sujet de la fascination linguistique qu’exerce ce sabir est plus sérieux qu’il n’y paraît. Dans La langue mondiale, ouvrage qui vient de paraître au Seuil, la linguiste Pascale Casanova, que nous citions au début de cette rubrique dévoile les mécanismes de cette soumission volontaire à la puissance du fort et du chic : « A travers elle, la langue la plus puissante exporte ses catégories de pensée. Il faut lutter le plus possible contre cette domination de la langue mondiale et, quand c’est possible, préférer ne pas l’utiliser en étant conscient qu’il s’agit d’une domination ». Désignant clairement l’Empire états-unien (et non le peuple des Etats-Unis), elle conclut : « Si nous résistons collectivement –et résister, dans ce cas, c’est ne pas croire que la langue mondiale est plus prestigieuse que les autres- nous serons moins dominés et les Américains nous en seront reconnaissants. Ils ne savent tout simplement pas que le monde est plurilingue. A nous de les en persuader »...

De Sing Sing à Radio-France, grandes et petites manœuvres sur les ondes

Le Malotru et ses lecteurs ont suivi de près et soutenu les tentatives des animateurs de Radio Sing Sing pour garder leur fréquence attribuée à Radio Bonheur, radio publicitaire et clairement destinée au troisième âge (déjà « servi » par Radio Nostalgie...). Concerts de soutien, appels téléphoniques à la radio elle-même et au C.S.A (Conseil supérieur de l’audiovisuel), pétition massive (12 000 signataires à ce jour), articles de presse et soutien de figures historiques de la chanson française, rien n’y a fait.

Le C.S.A a confirmé son refus, prétextant un manque de clarté du dossier en concurrence avec un autre également soutenu par d’anciens membres de l’équipe de Sing Sing. Un courrier officiel du C.S.A précise même la statistique « objective » qui justifie sa décision : « Dans une zone où il y a 35,6% de plus de 60 ans, contre 23,6 dans la moyenne nationale, le CSA autorise Radio Bonheur »... Comme si Radio Sing Sing était la radio des « dj’euns » uniquement !

Bref, un beau gâchis et la disparition des ondes hertziennes d’une radio qui n’avait de locale que le nom et qui offrait à ses auditeurs des horizons littéralement inouïs. On pourra se rassurer en disant que l’aventure continue sur la Toile et que des auditeurs à travers le monde prêtent toujours une oreille fidèle à ce son vraiment unique. Yann Héligouin et tous ses fidèles auditeurs ne baissent pas les bras et font tout pour réintégrer la bande F.M. Un avocat prépare un dossier pour une action en justice près la Cour d’Appel de Paris. A suivre donc.

Notez déjà sur vos agendas le concert de soutien prévu le mercredi 11 mai, au Phare à Saint-Méloir, avec un superbe groupe de rock américain, The Bell rays et Dallas Frasca. Pour tous les âges, cela va de soi (Réservations sur le site sing-sing-bis.org et à l’Office du Tourisme de Saint-Malo)

Pour Le Malotru, il semble qu’à l’approche des échéances électorales, au-delà de Sing Sing, une vague de « restructuration » affecte l’ensemble du paysage audio-visuel et même des médias dans leur ensemble (Voir l’Express affichant le minois de Macron...). Par ailleurs, l’information, comme l’éducation et comme la santé, a un coût. Radio-France et ses antennes de service public vont de plus en plus paraître exceptionnelles et « coûteuses » dans un paysage dominé par R.T.L, Europe 1, RMC et autres radios privées En période d’austérité aux effets politiques clairement disciplinaires, la publicité offre des gisements de ressources réputées indolores, ce qui permet de justifier l’ouverture à la publicité de marques, décidée récemment par ce gouvernement « de gauche », des antennes du service public.

On se permettra de partager avec nos lecteurs le délicieux communiqué du ministère de la Culture : « Le gouvernement souhaite moderniser le régime publicitaire (de Radio-France) en l’ouvrant à tous les annonceurs par souci de sécurité juridique tout en maintenant stable le volume de ressources par un plafonnement de la durée horaire ». Moderniser, sécuriser, arguments aujourd’hui imparables

Face à quelques timides protestations (qui manifestera massivement contre cette forfaiture ?), le C.S.A rappelle qu’il tient bon : On élargit, certes, la liste des annonceurs autorisés mais pas les créneaux (pas plus de dix-sept minutes par jour) et les pubs pour les boissons alcoolisées resteront interdites, ouf, on est rassuré...

A l’heure où une belle victoire est engrangée, notamment sous l’égide de Paysages de France, pour limiter l’affichage publicitaire visuel de grand format dans nos villes (initiative de l’inénarrable Macron et du lobby des afficheurs), le gouvernement ouvre donc bien grand la porte des ondes publiques à la publicité sonore de marque. Finie, l’exception matutinale des petits déjeuners sans pub au milieu d’un entretien, fini le dernier espace immatériel qui échappait à la marchandisation. De Sing Sing à Radio-France, à Saint-Malo comme ailleurs dans notre beau pays, c’est un monde plus nettement agressif qui advient. En douceur...

 

Condor, dernier cap : Après la victoire au parlement, les prud’hommes en vue

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Nous avons soutenu les « Condor » dans leur combat désormais historique. Le Malotru a détaillé leurs batailles et leur victoire hautement symbolique dans un monde maritime où la loi du plus fort est généralement la règle. La législation désormais en voie de finalisation (on attend les décrets d’application) facilitera une couverture sociale par le biais de l’ENIM (Etablissement National des Invalides de la Marine) pour des milliers de navigants français sous pavillon étranger résidant en France. On rappelle que dans ce cadre, cuisiniers, hôtesses, stewards et personnels à terre bénéficieront du régime général de la Sécurité Sociale. On rappelle aussi que désormais l’armateur employeur devra financer 50% de cette protection sociale, à égalité avec les salariés. Un long travail portant sur des dossiers juridiques complexes a fini par gagner l’adhésion de personnalités politiques diverses à tous les niveaux et a connu une issue positive, le projet de loi ayant été porté, au final, par le Député L.R, G. Lurton.

Dans un paysage médiatique plutôt bien tiède sur ce sujet (Condor est un annonceur publicitaire notable localement...), on notera le reportage exceptionnel rédigé par Sophie Babaz pour N.V.O, La Nouvelle Vie Ouvrière, organe de la C.G.T, dans son édition de janvier 2016. Le mensuel consacre 6 pages (photos de R. Gicquiaux) à une superbe enquête intitulée : Condor Ferries, La compagnie pirate de Saint-Malo.

(N.V.O 263 Rue de Paris Case 600 93516 Montreuil Cedex)

On y retrouvera les points de vue des marins, l’historique du conflit, un rappel utile sur les pavillons de complaisance (Pavillon Bahamas pour Condor), l’analyse de l’avocat d’Erwan et de Sébastien, etc. L’article invite enfin ses lecteurs à se rendre sur le site du Malotru pour en savoir plus. Belle invitation à jouer de l’effet rétroviseur en relisant notre enquête « Condor, la belle affaire » et le résumé du dispositif législatif enfin adopté en novembre 2015...

http://www.malotru.org/blog/st-malo/condor-la-belle-affaire.html

http://www.malotru.org/blog/st-malo/condor-ferries-suite-et-fin.html

 

Dernière info, et non des moindres : On se souvient du mépris clairement affiché il a quelques mois encore par l’avocate d’affaires qui défend Condor à l’égard des Prud’hommes. L’entreprise se penchait intouchable, étant hors Union Européenne.  Après 18 mois de procédure, ce tribunal paritaire vient de se déclarer compétent pour juger l’éventuel préjudice subi par nos deux « Condor ». Sans préjuger de l’issue finale, il s’agit bien d’une nouvelle victoire dans ce dossier. Intéressant à l’heure où le projet de Loi sur le Travail, dans son état initial, prévoyait de plafonner des indemnités prud’homales... On lira avec intérêt, sur ce sujet, l’article de H.Y Meynaud, dans le Monde Diplomatique de mars 2016 Du droit du travail au travail sans droit.

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