Editorial 9 mai 2015

Mais qu’est-ski se passe à Saint Servan ?

Alerté par ses antennes locales, Le Malotru a souhaité réagir à cette tempête autour d’un ponton de location de scooters des mers dans l’anse de Solidor, havre de paix qui risque bientôt de ne plus dormir sur ses deux oreilles, ni même sur une seule, si l’on n’y prend pas garde.

Et voici qu’au moment  d’écrire ce billet, une voix intérieure m’interpelle avec fureur « Comment peux-tu, misérable plumitif à antennes ! Cela n’a rien à voir avec les combats que mène ton association d’éducation populaire et d’action citoyenne ». Charmé par les sirènes de Port Saint Père, me serais-je égaré ? Ce combat ne serait-il pas le nôtre ?

Solidorbis

Pas si sûr, me rétorquais-je. Voyons donc ce qu’il en est sur le fond et de quelle façon a été prise cette décision qui a fait l’effet d’un pavé dans les eaux pas toujours calmes de l’île Bizeux.

Dans le cas présent, donc, si mes antennes captent bien, c’est la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) qui a instruit le dossier et donné son accord, sans consultation préalable des riverains et des usagers du lieu. Quant à la municipalité, et ses représentants du peuple –donc soucieux du bien-être de leurs administrés malouins (et servannais)- ils ne semblent pas avoir eu gain de cause. Pourtant, la presse locale s’est fait l’écho de leur opposition au projet. Etrange, non ?  Surtout quand on connaît le charme du lieu et l’attachement des habitants à la qualité de vie qui en découle. Pour faire bonne mesure, ce projet d’installation d’un sport mécanique polluant, bruyant et malodorant impacterait inévitablement le fonctionnement du futur parc naturel régional de la Rance dont le dossier devrait aboutir en cette année : selon nos informations, les instances nationales doivent faire connaître en 2015 l’avis final sur ce dossier, et, sauf abordage de dernière minute, le classement du territoire en Parc naturel régional interviendra dans la foulée.

Alors, que faut-il en conclure ? La démocratie se définit d’abord par la façon dont s’exerce la souveraineté, non par la nature des décisions à prendre. Que ce soit au plan national ou local (ou européen…), le principe ne change pas. Selon la formule d’un spécialiste*, la démocratie, c’est « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». La constitution française du 4 octobre 1958, dans son article 3 déclare :

 « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. 
Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. »

Alors, y aurait-il eu dérapage du scooter des mers ? Doit-on considérer, comme le prétend l’entreprise à l’origine du projet, que la demande issue des adeptes de ce sport s’impose face à celle des gens du lieu et des usagers, de calme, de sérénité et de qualité de vie?

Etrange, mais pas tant que ça, tout compte fait. Quoi de plus normal de voir se manifester au plan local les mêmes fonctionnements que l’on constate régulièrement au niveau national ou européen? Nombreux sont les exemples d’un pouvoir qui ne s’exerce plus dans les instances démocratiquement élues, sous le contrôle des citoyens, mais qui suit les exigences du pouvoir économique et de sa recherche effrénée du profit. Et dans le cas présent, c’est la même logique qui est à l’œuvre : le mépris de la territorialité, des citoyens et de leurs modes de vie, une démocratie d’apparence,  fruit d’une vision dépassée d’une société courant après la rentabilité, dont le moteur est l’argent, l’espace public une peau de chagrin, et la planète un commerce de détail guidé par le profit et géré par le pouvoir économique. Mais aussi, comment s’en étonner quand un jour, un peu plus sombre que d’habitude, on a entendu tel ministre de notre beau pays prétendre faire  rêver les jeunes en leur donnant l’envie d’être milliardaire.

Alors non, vraiment. Cette vision de l’existence est un non-sens. Profiter de la vie ce n’est pas vivre pour le profit. La vraie richesse, ce sont les citoyens qui l’ont entre leurs mains : le pouvoir de faire changer les choses.

http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47717

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*Abraham LINCOLN (né en 1809 assassiné en 1865)

 

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