ATTAC VU D’AILLEURS

WernerWerner est autrichien. Un jour, il fit escale à Saint Malo et en repartit marqué pour la vie. Sans doute l’air du large, ou les fruits de mer, ou les deux lui manquaient-il un peu dans son pays natal, et depuis lors, sautant  les montagnes et défiant les kilomètres, il n’a eu de cesse d’y revenir régulièrement. Attacien lui-même, il apprit, au hasard d’une rencontre, l’existence de notre comité local. Et comme un fait exprès, son séjour cette année a coïncidé avec notre assemblée générale. Profitant d’une manière éhontée de sa gentillesse et de sa maîtrise du français, Le Malotru s’est empressé, micro en main, de mettre en regard son témoignage sur les combats d’Attac Autriche et l’actualité de notre comité local.

Le Malotru : le comité local s’est vu dans l’obligation de lancer un contre journal en ligne afin de diffuser l’information que nos medias locaux relaient peu ou mal, voire pas du tout. De quels moyens de diffusion disposez-vous ?

Werner : nous avons un programme de radio hebdomadaire d’une heure sur une radio locale qui fait partie d’un réseau de radios alternatives, et sur une web radio. Nous faisons des entretiens de spécialistes, de conférenciers…

 

L.M. : le problème de l’immigration est en Europe d’une actualité brûlante, et particulièrement en Autriche. Comment vois-tu la situation ?

W. : L’immigration en Autriche n’est pas une chose nouvelle, mais il y a eu plusieurs phases. En 1956, lors de la révolution en Hongrie, nous avons accueilli environ deux cent mille réfugiés. L’accueil n’a pas posé de problème car ils étaient  majoritairement en transit pour le Canada, les Etats Unis, l’Afrique du Sud et ne restaient que quelques mois. Mais depuis, ces pays ont aussi fermé leurs frontières ou réduit drastiquement le nombre d’entrées. Puis il y a eu la guerre de Bosnie ; vingt ans se sont écoulés et il y a une génération de jeunes, enfants de familles de réfugiés, qui cherchent à s’intégrer et ont du mal à trouver du travail. Maintenant, le vrai problème ce sont les accords de Dublin . Il y a des réfugiés qui viennent de l’est, de l’Afghanistan, des Balkans. Ce sont des illégaux au regard de ces accords. S’ils parviennent à passer la frontière, le pays d’entrée est responsable. Mais c’est une position impossible à tenir actuellement vu le nombre auquel s’ajoutent les réfugiés du Moyen Orient. Le désordre a commencé avec la guerre en Irak, puis en Libye, maintenant en Syrie ; et aussi l’Egypte. Il y a actuellement plus de 4 millions de réfugiés dans les pays voisins de la Syrie. C’est un traité très abstrait. La réalité c’est autre chose. Si l’Allemagne ferme sa frontière, l’Autriche se retrouve dans une situation difficile.

 

L.M. : Ils passent tous par l’Autriche pour gagner les pays du nord, non ?

W. : Il y a trois routes d’arrivée : une par la Sicile, une par Les Balkans qui conduisent en Autriche et dans les pays en limite de l’espace de Schengen. L’entrée par l’Espagne est pratiquement impossible.

 

L.M. : Que fait pour eux  Attac Autriche?

W. : Attac agit au sein de collectifs. Ce sont majoritairement des engagements individuels. Le gouvernement ne fait pas grand ’chose alors que la situation a été très difficile cet été, avec des températures de 35 à 40°. Le plus grand camp se trouve près de Vienne, et les conditions d’accueil ont été très mauvaises (Hygiène, santé publique,..) C’est la société civile qui prend en charge les migrants.

 

L.M. : Comment s’organise cette aide ?

W. : Au travers des réseaux sociaux, et de façon informelle. Les églises aussi sont présentes. Il y a une coopération entre les églises de Serbie, de Hongrie en d’Autriche pour organiser le chemin de monastère en monastère. Les congrégations et les communautés religieuses, d’ailleurs,  joue un rôle social important, particulièrement dans les zones rurales où elles sont fortement implantées. Leur message n’est pas uniquement conservateur, comme on pourrait le penser. Il y a aussi des groupes progressistes.

 

L.M. Il n’y a pas de discrimination en fonction des religions ?

W. : Non, c’est seulement l’extrême droite qui pose ce problème, et qui voudrait réserver l’accueil aux chrétiens et aux juifs.

 

L.M. : Peux-tu nous décrire le fonctionnement d’Attac Autriche ?

Sambattac vienneW. : Nous sommes environ 5000 pour un pays de 8 millions d’habitants (l’Autriche est grande à peu près comme 2 fois la Bretagne) et autant de sympathisants, le tout en augmentation constante. Chaque année nous avons une université d’été de quatre jours avec environ trois cents participants dont quelques allemands. Nous changeons de lieu tous les ans. Les membres sont majoritairement des intellectuels : étudiants, professeurs, journalistes, personnels de santé, travailleurs sociaux. Nous avons un groupe de seniors et beaucoup plus de jeunes. Chaque groupe organise localement des réunions régulières. Nous avons un groupe très actif sur l’agriculture auquel participe d’ailleurs un breton originaire de la région nantaise et qui travaille sur le développement durable. Un autre, de Lamballe, travaille dans une organisation scientifique.

 

L.M. : Quel est le rapport de l’Autriche à l’écologie ?

W. : L’Autriche a été très en avance sur ce plan pendant de nombreuses années, notamment sur la culture bio. Ce n’est plus aussi vrai, et cette production est menacée par l’arrivée des O.G.M. L’agriculture de montagne repose sur des petites exploitations qui ont du mal à lutter contre le modèle européen d’une agriculture productiviste. De nombreux paysans ont rejoint les combats d’Attac pour cette raison, ne particulier contre le projet de traité TAFTA mais on assiste à un exode rural de plus en plus important surtout chez les jeunes. Il y a un parti vert au gouvernement à Vienne, et il a beaucoup fait pour les transports publics. Il a  mis en place un système de carte pass notamment pour les personnes âgées, créé des zones piétonnes,…

 

L.M. : Quel est l’état de la mobilisation contre le projet de traité TAFTA ?

W. : C’est une priorité pour cette année. La mobilisation est importante. Nous avons organisé une manifestation au mois d’avril à Vienne qui a rassemblé environ 20 000 participants. Outre les paysans, de nombreuses PME soutiennent le mouvement car elles sont très inquiètes de devoir affronter les multinationales dans leurs secteurs d’activité.

 

L.M. : Comment vous situez-vous sur l’échiquier politique ?

W. : C’est très important pour Attac Autriche d’être neutre face aux partis politiques, mais nous collaborons avec des organisations culturelles, scientifiques, de partis politiques (des verts, des socialistes), des syndicats et aussi avec certaines communautés religieuses. Ça dépend de chaque groupe. Nous avons de ce fait une réelle influence sur l’opinion publique, en particulier lorsque nous organisons des projections débat.

 

L.M. : Quelle perception avez-vous de l’action du « couple » franco-allemand dans l’Union Européenne ?

W. : La population commence à prendre conscience du rôle de Madame Merkel dans l’imposition du modèle économique allemand aux peuples de l’Union. Quant à la France, elle protège  ses grandes banques et ses industries automobiles.

 

L.M. : L’Autriche se sent-elle complexée ?

W. : C’est presque impossible de s’opposer à ces deux puissances. Et maintenant un parti s’est créé, qui demande la sortie de l’Euro.

 

L.M. : C’est aussi un débat au sein d’Attac Autriche ?

W. : Non, c’est un thème de l’extrême droite à l’image du FN en France. IL n’y a pas de partisans de la sortie de l’Euro à gauche.

 

L.M. : Que pense Attac Autriche de la situation en Grèce ?

W. : Nous participons aux manifestations de soutien au peuple grec organisées à Vienne. Pour nous, la Grèce est dans cette situation en raison de la politique prédatrice de l’Allemagne et de la France.

 

 

Attac Autriche

Date de fondation: 6. Nov. 2000.

Comité de  fondation : 50 personnes de tous les secteurs de la société.

Membres fondateurs : Susan George (Attac France), Stephan Schulmeister (Institut de Recherche Economique), Christian Felber (Auteur) et Brigitte Unger (Université d´Économie) .

 

Actualité des actions et manifestations

18. Avril 2015 : Manifestation contre TTIP + CETA + TISA : 20.000 participants en Autriche

 http://www.attac.at/kampagnen/ttip-ceta-co-stoppen/archiv/aktionstag-18-april.html

21.Sept. 2015 :  Conférence Stop TTIP – Agir différemment

https://www.facebook.com/events/626714370806678/

3.Oct 2015 : Grande manifestation pour exiger le règlement du problème des réfugiés à l’échelle européenne, centre Vienna avec environ 80 000 manifestants dont une groupe d´Attac

https://www.youtube.com/watch?v=qN-Cf2_e-F4

10.Oct. 2015 : Manifestation contre le TTIP + CETA : 10.000 participants en Autriche

http://www.ttip-stoppen.at/

A Vienne : pique-nique de protestation : https://www.facebook.com/events/513402402151313/

            Signature de l’ICE

23 Oct. 2015 : Fête d´anniversaire ATTAC Autriche - 15 ans d´existence,  5000 adhérents

https://www.facebook.com/events/119698218376254/

 

Communication et information

http://www.radioattac.at/

http://www.attac.at/

Attac Media : http://www.attac.at/attac-medien.html

Attaché de presse : http://www.attac.at/nc/presse/kontakt-aussendungen.html

Radio Attac, Twitter, Facebook, ATTAC-TV, Youtube

 

Groupes de travail:

Attac groupes locaux : http://community.attac.at

Attac groupes thématiques : travail, agriculture, démocratie, marchés financiers, revenu de base,
santé publique, PME, équité fiscale

Groupes par activité: FeministAttac, Critique de l’économie, RadioAttac, SeniorAttac,
Groupe d’animation (musique, théâtre de rue, danse)

SambAttac : http://community.attac.at/sambattac.html

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