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Vitesse de circulation de la monnaie

et théorie économique

Depuis Aristote et tout au long de l’Histoire, philosophes et économistes se sont interrogés sur la nature mystérieuse et parfois quasi-magique de la monnaie, et sur ses relations avec le développement des sociétés. Dès la Renaissance, l’afflux considérable d’or que rapportaient les galions espagnols revenant des Amériques n’avait pas enrichi les Espagnols mais au contraire pratiquement doublé le prix du blé pour la majeure partie de la population ibérique. Ce paradoxe avait alors abouti à la fameuse controverse entre Bodin et Malestroit sur le fondement de la valeur de la monnaie (dépend-elle de la quantité de métal précieux contenu ou de la quantité de richesses qu’elle peut acheter ?).

Plus tard, au XIXe siècle, ces questions ont resurgi sous d’autres formes lors du développement du billet de banque en Angleterre. Doit-il être émis par la banque (centrale) en fonction d’un montant fixe d’or dans les caisses de celle-ci ou dépendre de l’activité économique ? Le débat opposa alors David Ricardo et Tooke. Le premier gagna mais l’Histoire lui donna tort. C’est au début du XXe siècle qu’une formulation satisfaisante fut proposée par l’économiste et statisticien américain Irving Fisher qui fonda l’Ecole de Chicago (dont est issu l’ultralibéral Milton Friedman, mais c’est une autre histoire…). Il s’agit de la « théorie quantitative de la monnaie » qui s’appuie sur l’équation de base classique M.V = P.T, mais que l’on formule aussi ainsi : M.V = k (P.T). Cette équation, qui dans la perspective mécaniciste de l’époque fut créée par analogie avec la théorie des gaz parfaits, est en fait l'identité de base de l’équilibre de la monnaie. Si l’on pose :

M = quantité de monnaie en circulation (stock)

V = vitesse de circulation de la monnaie

P = niveau moyen des prix

T = volume global des transactions ou de la production (aujourd’hui on utilise plutôt Q)

k = constante par hypothèse (ou variable-objectif ?), qui n’existait pas chez Fisher (= à 1).

On obtient ainsi une formule qui exprime le fait que la masse de monnaie en circulation dotée d’une vitesse donnée (c.-à-d. la masse monétaire) est toujours dans une proportion donnée k avec la valeur de la production globale. Pour Fisher, la monnaie est neutre car tout accroissement exogène de M se traduit selon lui par un accroissement proportionnel de P (inflation). En fait, cet équilibre est toujours vrai a posteriori (c’est une « identité »), mais les économistes depuis un siècle sont en désaccord sur son interprétation en analyse dynamique. Quelle est la variable causale ? Et quels sont les paramètres invariants à court terme ? Selon les réponses données, on obtient des explications radicalement différentes de la formation des prix, de l’inflation, du chômage, des crises et du rôle neutre ou non de la monnaie dans l'économie. C’est notamment l’arrière-plan théorique du débat entre Keynésianisme et Monétarisme, entre politique de l’offre et de la demande, entre orthodoxie monétaire et politique de relance, etc.

Les banques centrales (la BCE en Europe) sont chargées justement de veiller à cet équilibre, en contrôlant l’émission de l’agrégat M2 qui est la mesure la plus courante de la masse monétaire globale (= pièces + billets + dépôts bancaires à vue). Dans la conception orthodoxe qui domine l’Europe à présent, il s’agit de lutter essentiellement contre l’inflation (et donc de maintenir P) en limitant l’émission de monnaie M, ce qui restreint la demande globale T ou Q, si l’on considère que V est plus ou moins constant à court terme…