Supplique à un élu de la Nation sur le projet dit de loi d'urgence agricole
- Le 14/07/2026
- Dans Agriculture / Pêche
L'ancien cadre de la FNSEA, Laurent Duplomb n'a pas renoncé à défendre les intérêts de l'agrochimie.
Duplomb le retour
Une pétition contre la première loi Duplomb avait rassemblé plus de 2 millions de signatures, une première dans l'histoire des pétitions déposées sur le site de l'Assemblée nationale. La loi avait toutefois été promulguée le 11 août 2025. Pour sa part, le Conseil constitutionnel avait rendu une décision de non-conformité partielle avec réserve le 7 août 2025. Le Conseil avait notamment censuré les dispositions de l'article 2 qui prévoyaient la possibilité de déroger à l'interdiction d'utiliser un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, l’acétamipride.
Mais hélas, l'agrobusiness a ses serviteurs zélés, et rien n'est à négliger lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts d'un système productiviste qui détruit la biodiversité et met en danger la santé des populations.
Le projet de Loi Duplomb 2 remet un jeton dans le bastringue pour obtenir un vote favorable à cette classe de néonicotinoïde en présentant un argumentaire-choc reprenant terme à terme les éléments de langage de l'industrie agro-alimentaire. Qu'on en juge à la simple lecture du sous-titre dudit Projet: « Proposition de loi visant à atténuer la surréglementation relative à l'utilisation de produits phytopharmaceutiques pénalisante au regard de la concurrence européenne afin d'éviter la disparition de certaines filières agricole »…
Alors, ulcéré par tant d'ignorance ou d'aveuglement volontaire quant aux effets désastreux des mesures prônées par ce nouveau projet de loi, l'un de nos adhérents a trempé sa plume dans un vitriol de qualité pour rappeler notre élu Jean-Luc Borgeaux à ses obligations.
À l'attention de M. Jean-Luc BOURGEAUX
Cher monsieur, M. le Député,
vous allez devoir vous prononcer sur le projet de loi d'urgence agricole le 20 juillet prochain.
Ce texte, après son passage dans les deux chambres du Parlement, est devenu méconnaissable. Je vois qu'il agrège le pire de ce que nous avons pu voir dans les textes et propositions de ces dernières années : réintroduction des néonicotinoïdes, accaparement de la ressource et de la gouvernance de l'eau, industrialisation de l'élevage, etc.
Vous vous êtes déjà exprimé sur ces sujets d'une manière qui m'inquiète beaucoup concernant l'avenir des conditions d'une agriculture soutenable pour les générations à venir et pour les agriculteurs eux-mêmes dès à présent.
Vous m'aviez répondu à un courrier précédent d'une manière que certains n'hésiteraient pas à qualifier de désinvolte ; j'y avais recensé quelques références scientifiques et sanitaires mettant en évidence l'importance des risques associés aux choix législatifs du premier texte. En réponse, vous m'avez transmis un copié-collé des éléments de langage peaufinés par les communicants de votre parti, reprenant eux-même mot pour mot les topos rédigés par la F.N.S.E.A dont vous apparaissiez ainsi, je suis désolé de devoir l'écrire, le "petit télégraphe". Je me fais une haute idée de la fonction que vous assumez, et je ne doute pas que, l'occasion vous étant donnée à nouveau, vous serez à la hauteur des circonstances que ce vote déterminant entraîne pour l'avenir, bien au-delà d'une vision court-termiste qui mène notre agriculture au désastre dont vous seriez comptable devant l'Histoire en cas de vote à nouveau favorable.
Je vous demande donc solennellement de vous opposer à ce texte. L'avenir de notre agriculture ne se joue pas dans un modèle productiviste, "compétitif" sur les marchés mondiaux, tourné vers l'export et dépendant aux intrants de synthèse. Pire ce texte porte le risque d'alimenter les conflits d'usage entre agriculteurs, riverains, collectivités et usagers des services d'eau.
L'actualité, face au déni et à l'aveuglement, plus que jamais, nous oblige à penser qu'il est nécessaire de construire une agriculture résiliente face aux effets du changement climatique, respectueuse de la biodiversité, de la santé et des milieux afin de garantir une eau en qualité et quantité pour tous et toutes.
La prise en compte de ces réalités est une ardente obligation pour tout homme ou toute femme de bonne foi, non partisan au pire sens du terme. Je n'espère pas vous compter dans les temps qui viennent au nombre de celles et de ceux qui, se mettant au service d'intérêts ultra-minoritaires, se rendent responsables de la très évitable fracture entre le monde agricole et le reste des citoyens.
Je compte sur vous pour vous opposer à ce texte. Merci de l'attention que vous aurez portée à ma demande.
Veuillez agréer mes sincères salutations.