Le spectacle Terra Aletia à Saint-Malo cet été : Des Corsaires et des tempêtes, mais pas de vagues…

Dans l'actualité locale, il n’est pas inutile de revenir sur le spectacle Terra Aletia qui a occupé l’église Sainte-Croix à Saint-Servan une bonne partie de l'été. Bien peu d'échos critiques mis à part les brefs signaux envoyés très tôt par Splann, la LDH et peut-être quelques autres, notamment des membres de Voies Communes.

« Enfant, alors qu’elle rêve de rejoindre Saint-Malo, ses grands-parents et la mer, Elise ouvre un livre sur les corsaires… et voit surgir René Duguay-Trouin, venu d’un autre temps. À ses côtés, Élise embarque dans une aventure entre histoire et légende, à la découverte des corsaires, des Terre-Neuvas et des grandes figures qui ont façonné Saint-Malo… »

« Avec Terra Aletia – Dans le sillage des corsaires, les voûtes de l’église deviennent le décor d’un grand voyage immersif mêlant projections monumentales à 360°, lumières, son spatialisé, effets holographiques, comédiens, figurants et musique originale. Un spectacle historique familial, poétique et visuel, imaginé par Damien Fontaine »

(Extraits de la présentation sur le site de Terra Aletia)

Sans se confondre pleinement avec elles, ce spectacle fait indéniablement partie des centaines d'initiatives du même type (« spectacles vivants », « spectacles historiques immersifs », etc.) qui fleurissent ici ou là en France avec, le plus souvent, à des degrés divers, un puissant potentiel idéologique conservateur et nostalgique; Ouest-France, de manière pudique, signale, d’ailleurs, que « les amoureux d’histoire risquent de sortir étonnés par les libertés prises…».

« Un spectacle pensé pour la famille ». Un vrai filon commercial aussi.

Tous ces projets ont indéniablement le vent en poupe, et pas seulement ceux qui parlent de tempêtes et de corsaires. D’ailleurs, l’I.C.E.S. (Institut catholique d’études supérieures) de Vendée, situé à La Roche-sur-Yon, ne s’y est pas trompé en créant récemment un Master d’histoire d’un nouveau genre, Histoire vivante, une première en France. Les étudiant(e)s, selon Valeurs Actuelles (détenu en partie par le milliardaire catholique d’extrême-droite, exilé fiscal, Pierre-Edouar Stérin) « seront formé(e)s au spectacle vivant, un moyen privilégié de faire vivre le patrimoine et transmettre la passion de l’histoire ». Et l’article ( V.A. 29 juillet 2026) conclut : « Tant que, symboliquement, les cathédrales brûleront, il y a fort à parier que des compagnons d’un nouveau genre seront nombreux à céder à l’appel des planches ».

On peut penser qu’à Saint-Malo les promoteurs de Terra Aletia n’ont même pas eu besoin d’argumentaire idéologique pour convaincre des « décideurs » locaux d’accueillir cette initiative. Bien faite pour les séduire à partir d’une vision « localiste », largement partagée - et clairement sélective – le narratif du projet était calibré pour garantir un show consensuel susceptible de toucher un certain public en période estivale au sein de l’Église Sainte-Croix de Saint-Servan « relookée » pour la cause.

Quand la prouesse technique fait « passer la pilule »...

On observe que, dans la plupart des cas, indépendamment du contenu, le côté spectaculaire, au sens technique, pyrotechnique même, rend ce type de spectacle littéralement jouissif pour les milliers de spectateurs, sans parler des nombreux participants bénévoles qui s’y pressent, unis dans une « communion » que peu de lieux fédérateurs sont capables d'offrir, sauf, peut-être des évènements sportifs ou musicaux, ou autres…

« Communion » est sans doute, en effet, le terme, à la fois laïque et religieux, qui décrit le mieux cette atmosphère particulière que font naître ces spectacles à partir de ce qui, de manière plus ou moins fantasmatique, unit des gens - au final assez peu différents - autour d’un récit mythifié, enthousiasmant mais biaisé (« Un spectacle historique familial, poétique et visuel dans le sillage des Corsaires »).

Corentin Stemler dont la fresque musicale « La Dame de Pierre » (sur la cathédrale Notre-Dame de Paris) a triomphé à Paris cet été résume d’ailleurs ainsi les clés du succès populaire de ces productions : «  Face au vide culturel (?) rassembler les spectateurs autour de ce qui nous unit ».

Des Corsaires et des tempêtes, mais pas de vagues en quelque sorte...

On est évidemment loin des spectacles populaires de Robert Hossein où le public devait parfois prendre parti sur des questions clivantes en une sorte de jury populaire. Dans le spectacle Je m’appelais Marie-Antoinette, par exemple, c'est tout le public qui était invité lors de l'entracte à voter sur le sort de la reine déchue à l'issue de son procès. Même procédé dans L’Affaire Seznec, un procès impitoyable en 2010. Avec Terra Aletia, au contraire, on est bien dans le confort du consensus (un spectacle « pensé pour toute la famille »). Des Corsaires et des tempêtes, mais pas de vagues en quelque sorte...

Offre Puy du Fou dans Pays malouin été 2026La « communication » de Terra Aletia était particulièrement soignée en amont du spectacle. On a pu lire partout que son promoteur, Damien Fontaine, était une des références en matière de spectacles historiques « immersifs », avec 15 millions de spectateurs sur l'ensemble de ses projets (dixit Ouest-France), « des chiffres qui donnent le vertige : 300 costumes, 300 projecteurs et 24 vidéoprojecteurs laser capables de transformer l’église en véritable cathédrale d’images » (Ouest-France encore). On s’était assuré du soutien de la presse locale (Ouest-France, Le Pays malouin), présentés officiellement comme partenaires du spectacle, ainsi que… Carrefour (cherchez l’intrus). La presse malouine s'est répandue massivement pour faire de cette opération une grande réussite en cette période estivale.
Ce fut, étrange coïncidence, le moment où le Pays malouin proposa un abonnement à prix promotionnel avec, en prime, un tirage au sort pour… Le Puy du Fou. Vous avez raté cette pub du Pays malouin ? Le Malotru vous offre une seconde chance !

Les ouailles de M. Lurton y ont trouvé leur compte, d'autres concitoyens sans doute moins

Gros succès populaire - et financier - ce spectacle réécrit - selon quelques spectateurs critiques, et bien sûr minoritaires, l'histoire locale sans aucun recul historique à partir des clichés et des omissions propres aux malo-malouins, sur fond d’un catholicisme traditionnel bon teint .

Le promoteur du spectacle a, en effet, obtenu le soutien logistique de la Mairie. D’aucuns aimeraient connaître le montant de cette dépense pour la trésorerie de la commune à l’heure où les communes de France se plaignent de la réduction des dotations de l’état. Aura-t-on la révélation ? Qui posera la question en Conseil municipal ?

On retiendra aussi que plus de 20 000 billets se sont écoulés à des tarifs allant de de 14,50 € pour le tarif « famille » à 35 € pour la catégorie « or », avec supplément de 3 euros pour un doublage synchronisé dans une oreillette. Faites le calcul, ça fait des sous, « un pognon de dingue ». Les partenaires (voir ci-dessus) et la Mairie auront-ils eu connaissance du bilan financier une fois l’opération achevée ? ». 

Tout cela pour un spectacle qui, outre une petite équipe technique, et, certes des investissements techniques conséquents mais probablement largement amortis (« 15 millions de spectateurs sur l'ensemble des projets »), se targue de n'avoir qu'un seul comédien professionnel sur scène, les dizaines d’autres rôles (on parle de 300) ayant été assumés par des bénévoles qui se sont formés et relayés tout au long de l’été, sans doute avec grand bonheur…

Un cas de « dissonance cognitive »  entre des valeurs affichées au sein même du spectacle et des pratiques bien peu chrétiennes? Oubliez les coulisses…

Ombre au tableau qu'aucun média local n'a relevé à notre connaissance, à l'exception d'une ou deux lignes de Splann en juin, on découvre que le réalisateur du spectacle a été condamné à  six mois de prison avec sursis pour recel de favoritisme. Lors de sa candidature à l'édition 2018 de la Fête des Lumières de Lyon, il aurait modifié son offre en pleine procédure de consultation, en bénéficiant de renseignements confidentiels. Un cas de « dissonance cognitive »  entre des valeurs affichées au sein même du spectacle et des pratiques bien peu chrétiennes ?

 Un arrière-plan moins séduisant, non ?…

Attendons la suite pour nous prononcer, le réalisateur de Terra Aletia ayant fait appel du jugement rendu par le tribunal correctionnel de Lyon le 15 janvier 2026. Nous devons donc, bien sûr – et nous invitons lectrices et lecteurs à faire de même - nous aussi suspendre notre jugement.

On ne pourra toutefois s'empêcher de poser la question : Les initiateurs locaux du projet (la paroisse ? Le Diocèse ? La Mairie ? ) connaissaient-ils/elles le pedigree de ce promoteur lorsqu'ils engagèrent l'opération ? Il serait également intéressant de connaître la chronologie de la prise de décision. Quand cette décision a-t-elle été prise ? La décision a-telle été actée en conseil Municipal ?

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► L'artiste, Damien Fontaine, condamné à six mois de prison avec sursis pour sa sélection faussée. Publié par France 3 Régions Auvergne-Rhône-Alpes (rédigé avec AFP), le15/01/2026.