Tropisme sécuritaire : À Saint-Malo aussi, l’état au service de Bardella
- Le 19/02/2026
- Dans Démocratie
Récit d’une grande première en Côte d’Émeraude : à Saint-Malo, ville connue dans les milieux militants locaux pour ses cortèges sereins et pacifiques -au point parfois de faire sourire- les forces du maintien de l’ordre ont blessé 4 personnes lors d’une manifestation de protestation non violente contre l’extrême droite. Elles ont aussi fait intervenir la BAC pour intercepter 2 manifestants pacifiques.
Le 23 novembre 2025,une manifestation de protestation (déclarée et non interdite) a été organisée à l’initiative de la coordination Le Monde D’après, coordination dont l’animation est assurée depuis sa création par Attac Pays malouin-Jersey, à proximité de l’hôtel 4 étoiles où Jordan Bardella venait signer « son » livre « Ce que veulent les Français ». Elle rassemblait une dizaine d’organisations, associations, syndicats partis politiques et citoyen.ne.s non encarté.e.s. Environ 300 personnes avaient répondu à l’appel, ce que l’on peut considérer comme un succès dans notre terre de mission malouine.
La manifestation s’est mise en marche vers l’établissement en criant des slogans hostiles à la présence de l’extrême droite « Saint-Malo, Saint-Malo ne sera pas facho ». Elle a alors été bloquée, en amont du parcours déclaré, par un cordon de CRS qui protégeait l’entrée de l’établissement. L’action se déroulait pacifiquement comme à l’habitude à Saint-Malo, sans qu’à aucun moment il n’y ait eu ni dégradation, ni jet de pierre ou bris de vitrine, aucune menace, aucun acte de violence. Soudain, et sans aucune cause objective, les forces de l'ordre ont tiré -en cloche et sans sommation- une grenade assourdissante, blessant 4 personnes. La manifestation a ensuite reflué, tandis que les blessé.e.s étaient évacué.e.s sur le Centre Hospitalier par les pompiers. La BAC est intervenue pour arrêter sans ménagement un jeune manifestant que les CRS suspectaient d’avoir lancé des projectiles, ce que les vidéos qui ont circulé n’ont pas corroboré.
Cette violence gratuite a soulevé une grande émotion au sein de la population et il a été décidé d’engager une action en justice. Trois victimes ont déposé plainte, et un signalement de la Ligue des Droits de l’Homme a été transmis au Parquet. En outre, deux courriers ont été adressés, l’un au maire de Saint-Malo, l’autre au sous-préfet pour dénoncer les violences et les interroger sur leurs responsabilités respectives. Si le premier a reçu une réponse de notre édile « pour exprimer sa préoccupation face aux blessures survenues lors de cette manifestation... », le représentant de l’État à Saint-Malo n’a pas daigné prendre la plume.
L’extrême droite ne s’est pas privée de déverser comme de coutume des contre vérités sur ses réseaux. Quant à la presse locale, elle a soigneusement évité d’insister sur le comportement pacifique des manifestant.e.s rapportant complaisamment la version officielle des forces de l’ordre et en signalant que le RN « avait fait le plein ».
Mais au sein des forces du maintien de l’ordre, il y aurait pourtant comme un malaise. À preuve la déclaration à la presse de la préfecture de Rennes le 27 novembre qui reprenait intégralement la version des CRS « ne pouvant défendre leur position que par la force et agissant en riposte ». Eu égard à l’âge de deux des blessées (76 ans) il ne semble pas a priori que ces allégations puissent être corroborées par les faits.
Compte tenu de l’histoire des manifestations qui se sont déroulées depuis la Libération à Saint-Malo il y a un véritable enjeu pour les organisations participantes à faire état de ce qui s'est passé ce 23 novembre 2025. Ces violences gratuites, dans le contexte national d’une montée de l’extrême droite et de l’offensive menée par le RN pour s’implanter en Bretagne lors des élections municipales (Voir l’article du media d’enquête Splann !), sont un indicateur de l'aggravation des attaques contre notre démocratie et de la remise en cause du droit de manifester et de notre liberté d’expression. Attac Pays Malouin - Jersey doit évidemment y jouer son rôle. Le 24 janvier dernier un rassemblement des mêmes organisations a rappelé les faits en déambulant devant l’établissement près duquel se sont produits ces débordements des forces du maintien de l’ordre et a confirmé la poursuite de l’action. Saint-Malo n’oubliera pas.
Sources
► Trois opposants blessés, des centaines de sympathisants… À Saint-Malo, Jordan Bardella cristallise des vents contraires. Publié par Ouest-France, le 23/11/2025. (Pour abonnés)
► La préfecture évoque un tir « de riposte » des CRS, lors de la venue de Jordan Bardella à Saint-Malo. Publié par Ouest-France, le 27/11/2025. (Pour abonnés)
► Saint-Malo, nouveau carrefour de l'extrême droite. Publié par Splann !, le 03/02/2026.