La Chanson de Roland : OPA pour OPULENTS...

Pays malouinRoland Beaumanoir veut racheter le château
Son projet pour la Briantais

R. Beaumanoir fait la Une du Pays Malouin, un pavé dans la mare...

 

Un défi adressé à G. Lurton ? Une provocation envers la population ?

« Ce qui est sûr, c'est que le château ne sera pas confié à un partenaire privé pour être restauré ; (…) Nous en ferons un laboratoire de la biodiversité et nous créerons des jardins partagés sur des parcelles extérieures… Nous y organiserons des activités culturelles, des concerts. Il deviendra un lieu d’accueil, de loisirs, de détente et de rassemblement des Malouins de tous âges ».
G. Lurton, alors candidat à la Mairie de Saint-Malo

Chacun sait que les deux municipalités malouines précédentes, délibérément ou non, ont laissé dépérir le manoir de La Briantais et n'ont guère entretenu le parc, contrairement aux promesses faites par René Couanau d'y constituer un parc-arboretum constitué d'essences liées à l'histoire des explorateurs malouins, et de faire du « château » un lieu d'exposition ouvert régulièrement aux associations culturelles…

L'occasion était trop belle

Avec un sens aigü de l'opportunité, vingt-trois ans après l'échec essuyé par un autre Monsieur de Saint-Malo, Daniel Roullier (fondateur et PDG de la TIMAC), un de ses comparses au sein du fameux Club des Trente (1), notre vaillant Rolando Furioso, à qui tout réussit, se lance à son tour dans la bataille. L'homme a les moyens de ses ambitions, nul n'en doute . Selon Le Figaro, la crise a même renforcé les appétits de celui qui ne cache pas sa vision darwinienne du monde économique où les proies affaiblies sont « naturellement » victimes de la sélection naturelle dans l’écosystème de l’habillement : « On voit bien qu’une consolidation est inéluctable, il faut manger ou se faire manger » (2). Ce qui s'applique au sein de l'économie néo-libérale de notre époque à l'échelle mondiale s'appliquerait-il au patrimoine local ? Ce bien commun n'est-il pas, après tout, la richesse de ceux qui n'en ont pas ? La « brutalisation » du monde n'est pas nécessairement là où médias et « décideurs » l'indiquent à nos opinions…

Pas a vendre
Photo: Panneau mis par un particulier à l'extérieur de sa maison. Quartier Rocabey.

« Séparatisme des Riches » des précédents brûlants

4logo nessay Beaucoup gardent encore à l'esprit l'échec douloureux du combat homérique mené par une association briacine pour s'opposer à la transformation d'un lieu d'accueil d'enfants de milieux populaires en hôtel de luxe pour « Happy Few » (3). L'exemple, ou plutôt le contre-exemple, hélas,  du Château du Nessay à Saint-Briac devraient inspirer celles et ceux qui souhaitent se battre pour garder -intégralement- ce lieu fabuleux au sein du patrimoine malouin et le faire vivre durablement dans l'intérêt de toutes et de tous.

Nessay 2

De récents combats pour s'opposer à ce « séparatisme des Riches », cette ségrégation résidentielle de fait, depuis celle des sentiers du littoral jusqu'aux projets pharaoniques de la SACIB à Rothéneuf, montrent qu'il est possible de faire gagner l'intérêt général. Pour se donner les moyens de gagner, il convient d'abord, de donner une large visibilité aux problèmes, aux enjeux que certains préfèrent dissimuler, aux mensonges parfois proférés, afin que le plus grand nombre de citoyens s'approprient un débat qui les concerne en premier lieu. C'est aussi le but de cet article que nous vous invitons à partager avec vos proches, amis, voisins etc.

Les réactions individuelles à l'annonce de cette O.P.A n'ont pas tardé. Dès le 22 octobre, le quotidien Ouest-France signalait que sa page Facebook débordait de messages indignés. L'article rapportait ce témoignage significatif d'un lecteur : « Une nouvelle fois, ces Messieurs de Saint-Malo veulent accaparer un peu de notre bien commun au profit d'intérêts privés. À Saint-Briac, un centre nautique et des classes de mer transformé en quatre étoiles. À Dinard, un ancien Muséum national devenu un hôtel cinq étoiles. À Saint-Malo, un camping dominant la mer promis à un avenir d'hôtels quatre et cinq étoiles. Des PLU permettant d'entamer la falaise pour construire à des prix exorbitants, des villas pieds dans l'eau ». On aurait pu ajouter bien des choses encore, mais la campagne électorale l'a bien montré, à Saint-Malo la coupe est pleine !

Presse immobilier
Tout s'achète, il suffit d'y mettre le prix. Contre-histoire d'une O.P.A

C'est par une « Lettre Ouverte » dans les journaux locaux que Roland Beaumanoir lance ce qui ressemble fort à une O.P.A (« Offre Publique d'Achat » (4), opération dont R. Beaumanoir est coutumier dans son domaine industriel et qui, on s'en réjouit pour lui, conduit à des succès internationaux reconnus. Il semble avoir oublié un point : la Briantais n'est pas à vendre. Alors s'agit-il d'une « OPA hostile » dont Roland B. serait le « chevalier noir » ?

Le talent entrepreneurial n'autorise pas tout. Même si l'introduction de sa Lettre Ouverte (5) est caractéristique de notre époque où le « story-telling » et autres techniques de « com' » sont devenus des éléments essentiels du « marketing », son récit souffre d'inexactitudes qui frisent l'amateurisme.  R. Beaumanoir n'hésite pas à travestir la réalité sur de nombreux points. Nous en retiendrons quelques-uns, laissant les lecteurs juger du degré de « mauvaise foi », si on peut dire, de l'auteur des propos ainsi tenus sans vergogne dans sa Lettre Ouverte.

Vue du chteau de la Briantais au début du 20e siècle

Tentative de décryptage

Prenons M. Beaumanoir au mot en interrogeant chacune des affirmations de sa Lettre :

1- « Cette propriété a toujours été, au moins depuis 300 ans, une propriété privée ».
Justifier le retour au privé par cette formule revient à mépriser la volonté d'un homme qu'il prétend admirer par ailleurs, Guy La Chambre. Si cet homme a confié cette propriété au Diocèse pendant 25 ans, il n'a nulle part mentionné un souhait de retour à l'état ante où un seul homme s'emparerait d'un patrimoine devenu "commun" après avoir été un haut lieu de spiritualité ouvert à tous.

2- « L'évêché pendant 25 ans prétendit en faire un lieu de méditation et de prière… et porta minima les charges d'entretien ».
Deux mensonges en une seule phrase ne font pas une vérité. Cet usage du verbe "prétendre" en dit long sur ce que certains éprouveront comme une expression de mépris pour leur travail en ce lieu pendant toutes ces années. « Quel cynisme ! Mais qui veut tuer son chien l'accuse de la rage » nous a même dit un habitué de la Briantais sous l'effet de l'émotion,. Il ajoute : « Ce type de jugement à l'emporte-pièce laisse sans voix toutes celles et tous ceux qui, comme moi, ont pu, pendant ce quart de siècle - et ils sont nombreux- fréquenter ces lieux entretenus avec soin à l'époque où l'Evêché avait dépêché là ses meilleurs représentants ».

D'autres témoignages confirment bien que le Père Jean Lemonnier et d'autres membres de l'équipe, dont bon nombre de laïcs, ont su y accueillir des centaines de rassemblements, de séminaires de réflexion, d'évènements culturels qui ne se réduisaient nullement à la méditation et aux prières. Un autre habitué des lieux nous rapportait récemment, entre autres activités, les séminaires de traduction et de réflexion bibliques avec des participants de tous milieux, venus de spiritualités ou de philosophies les plus diverses, loin des faux-semblants dont M. Beaumanoir accuse rétrospectivement l'évêché de Rennes et Saint-Malo.

Briantais panneau

Panneau explicatif à l'entrée du Parc de la Briantais

3- « Le Maire d'alors, pris d'une humeur ombrageuse, préempta la vente ».
Évoquant l'épisode de l'offre d'achat par M. Daniel Roullier en 1997-98, M. Roland Beaumanoir, là encore, travestit les faits avec une légèreté déconcertante et s'illustre en réécrivant l’histoire à la lueur de ses intérêts.

Une simple relecture de la presse locale lui aurait permis d'éviter cette vaine accusation envers M. Couanau, Maire à l'époque. M. Beaumanoir oublie, ou feint d'oublier, que René Couanau avait d'abord clairement exprimé son hostilité à tout rachat par la Ville. C'est seulement sous la pression d'une énorme et longue mobilisation populaire et à la constitution d'un comité de défense que René Couanau accepta de reconsidérer sa position. Il rechercha alors l'appui des instances départementales et régionales pour faire entrer - définitivement- pensait-on alors, dans le patrimoine malouin, ce qui fut fait en 1998.

4- « Combien de jardiniers, d'employés municipaux restent lourdement à la charge des contribuables malouins aux seuls bénéfices des quelques dizaines d'heureux promeneurs ».
Constat sincère d'un visiteur très épisodique de ces lieux, ou rhétorique d'un habitué des slogans publicitaires ? Nombreux seront les malouines et les malouins qui auront esquissé un sourire, ou auront eu un fou rire incompressible, à la lecture de cette « belle prose » : Il suffit de se promener très régulièrement avec enfants et petits-enfants, par exemple, pour constater que le lieu reste très fréquenté en toutes saisons lors des périodes d'ouverture, malgré l'indéniable affaiblissement de l'entretien du parc.
Mais déjà, au cœur de ce passage, pointe la suite, l'inévitable "marronnier", si on peut user de l'expression journalistique, pour désigner la ritournelle classique du répertoire de M. Beaumanoir sur le "toujours-trop-d'impôts" et le fardeau fiscal

5- « Champions du monde de la fiscalité, nos élus de tous bords, ont de longue date trouvé la solution. Il suffit d'augmenter les impôts… ». 
Faire feu de tout bois pour faire avancer ses pions est un classique, sutout pour les politiques qui se prétendent apolitiques en défendant une vision implicite du monde où un grand entrepreneur (et on souhaite le plus grand bien à M.Beaumanoir) ferait un excellent manager des affaires de la République. C'est vrai que de Berlusconi à Trump les exemples sont particulièrement convaincants…

Dans un entretien au Journal des Entreprises en mai 2014 -qui s'en souvient ?-, M.Beaumanoir s'était déjà illustré par des propos  « politiques » d'une tonalité assez peu diplomatique, tonalité dont il semble coutumier et qui semblent même faire sa fierté : « Les croyances de nos gouvernants s'inscrivent dans une démarche de charité qui tient à une culture bolcho-chrétienne...  Sortons de ce monde de charité et remettons les gens au travail». Cela a le mérite de la clarté…

6- « Au travers de la Fondation Guy La Chambre (…), faire du Château de la Briantais (…) une sorte de Relais et Châteaux (marque déposée) au milieu d'une emprise suffisamment importante dans le parc afin d'y accueillir une fondation d'art contemporain pour des œuvres dites monumentales ».

Ben tiens, pourquoi se gêner ? A l'image du grand-père de V.G.E se créant en 1922 une filiation pseudo-aristocratique en rachetant le nom d'un Amiral héros de la Guerre d'Indépendance Américaine, R. Beaumanoir s'approprie sans vergogne le nom de cet extraordinaire figure malouine, Guy La Chambre, pour baptiser sa fondation, sûr qu'aucun héritier de Guy La Chambre ne viendra contester son choix…

Abbe pierre

Dans le sillage de ses probables modèles, Leclerc, Arnault, Pinault, Carmignac,... Roland Beaumanoir veut donc, lui aussi, avoir sa fondation, signature ultime de la réussite aujourd'hui selon la logique anglo-saxonne (Rockefeller, Carnegie, Edison, et autres J. P. Morgan ) désormais bien établie chez nous.

On ne fera pas ici le procès de ces pratiques philanthropo-fiscales (6) dont nous n'accusons nullement le célèbre entrepreneur malouin. On remarquera seulement qu'il est paradoxal de voir toutes ces grandes figures, nos prétendus « champions nationaux », se plaindre, d'une part, du « fardeau des charges sociales dans notre pays », là où la Constitution parle de « contributions », et d'autre part, se dire prêts à déverser « un pognon de dingue » dans le mécénat. Ce mécénat se traduit généralement par l'achat d'œuvres d'art contemporain (ici, des « œuvres dites monumentales ») destinées à un public prétendument populaire.

Et si on attendait tout simplement de nos entreprises qu'elles payent leurs impôts et respectent la loi, les lois sociales et environnementales, notamment. Les politiques culturelles doivent-elles tomber dans l'escarcelle des intérêts privés ? A l'heure où la baisse systématique, depuis deux décennies, de l'Impôt sur les Sociétés réduit la Trésorerie nationale et nos services publics, ces pratiques de « générosité », sans parler celles d'optimisation et d'évasion fiscales, laissent le citoyen plus révolté qu'admiratif

Affiche BNP

7- « L'arrière des 27 hectares serait loti sur deux hectares. Les 21 hectares restant en bord de mer seraient aménagés et entretenus par la Municipalité avec une fonction de jardin public et de parcours sportif, voire d'un arboretum de grande qualité ».

Un bien beau petit projet immobilier finit par pointer son nez dans les dernières lignes de la Lettre de R. Beaumanoir sur un projet global peaufiné, dit-il, depuis deux ans ! Un de plus, diront certains malouins qui n'en peuvent plus de voir tous ces projets immobiliers se glisser dans tous les interstices disponibles. On notera également la discrétion de R. Beaumanoir sur la nature concrète de ce lotissement miraculeusement posé dans un des plus beaux environnements de Bretagne. Habitat social ? Habitat destiné aux cadres de son entreprise ? Résidences secondaires ? Les précisions sur ce point ne sauraient tarder, le promoteur se donnant deux années de plus pour faire aboutir sa noble cause.

Le reste du domaine et l'entretien de l'environnement de ce joyau à haute valeur ajoutée seraient, naturellement, à la charge des contribuables, selon le principe bien connu « profit privatisé-charges socialisées » Mais on n'est plus à une contradiction près

Château de la Briantais
La bêtise consiste à vouloir conclure… (G.Flaubert)

L'affaire, comme disent les gazettes, est loin d'être conclue, elle fait même déjà un sacré « buzz » sur les réseaux dits « sociaux » et sur les marchés de Saint-Servan ou de Rocabey. On peut déjà remercier Roland Beaumanoir d'avoir contribué à « réveiller la Belle Endormie », pour reprendre une expression chère au prédécesseur de G. Lurton. Mais cette fois le nouveau Maire est littéralement au pied du mur et il en va à la fois de sa propre crédibilité et de celle de la parole publique en général. On sait l'homme soucieux de lutter contre ce discrédit de la parole politique, on voit donc mal comment il ne tiendrait pas les engagements qu'il a clairement pris pendant la campagne électorale. Un certain ressentiment, un malaise, des colères même se sont exprimées alors. Elles n'ont pas eu nécessairement une traduction politique, mais il serait grave de ne pas en tenir compte. Sans aller jusqu'à des formes d'opposition ou de résistance inattendues – on a entendu, à la terrasse d'un café servannais quelques jeunes évoquer une Z.A.D à la Briantais!- des expressions de colère ne sont pas à exclure.

Pour sa part, Le Malotru continuera à informer et à user de l'arme de l'humour sur ce sujet très sérieux, on l'a vu. Nul ne souhaite que la Briantais devienne le Roncevaux de notre vaillant Roland, mais ce billet invite modestement nos premiers de cordée à garder tout simplement à l'esprit que, non, tout n'est pas à vendre. La Briantais nous appartient, elle n'est pas à vendre, ni en entier, ni « par appartements »

En août 2019, le Président Trump, assurant que « le Danemark perdait 700 millions chaque année pour l'entretenir », manifesta publiquement son intention d'acheter le Groenland. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, s'indigna dans le quotidien groenlandais Sermitsiaq : "Le Groenland n'est pas à vendre. Le Groenland n'est pas danois. Le Groenland est groenlandais. J'espère vraiment que ce n'est pas sérieux."…

Sans commentaire.

NOTES

1- Pour plus d'information sur ce « lobby breton » on lira avec intérêt :
Le Mystérieux Club des trente. Enquête sur le plus influent des lobbys bretons, de Philippe Créhange, Éditions du Coin de la rue, 24 octobre 2019, 240 pages, 19,90 euros.

2- Voir Le Figaro 8 juillet 2020 : Beaumanoir: le groupe malouin grossit à la faveur du Covid-19

3- Voir l'enquête réalisée en 2016 par Le Malotru : Du Front Populaire au Front de Mer – pour les riches 2016 Désir de Rivage en région malouine : La revanche de 36

4- Derrière le terme "OPA", qui signifie Offre Publique d'Achat, se cache toute la procédure par laquelle une société ("initiatrice") fait connaître publiquement sa volonté d'acquérir tout ou partie d'une société cotée ("cible"). On parle d'OPA amicale lorsque les deux sociétés sont d'accord sur la finalité de l'opération. On parle d'OPA inamicale ou offensive dans le cas contraire.
Voici quelques clés susceptibles de vous aider à détecter une "cible" potentielle :
• Société peu rentable • Société de petite taille• Société endettée• Société faiblement valorisée ...  
 Source : Comprendrelabourse.com

5- Le Pays Malouin a publié de longs extraits de la Lettre Ouverte dans son édition du 22 octobre 2020. Citons les premières lignes : « Je suis candidat à la reprise du château et des dépendances de la Briantais. Comment on raconte l'histoire. (...) » 

6- Voir l'article en deux parties publié par Le Malotru : « Jouez au riche, devenez mécène, c'est le sport à la mode ! »
 Voir aussi, à titre d'exemple dans Le Figaro 29 novembre 2018 :  Les fondations douteuses du musée de Bernard Arnault.