(Derniers) Eléments d'actualité fiscale - Décembre 2025
- Le 23/01/2026
- Dans Economie / Finance
Cette fois encore, mais pour la dernière fois, nous vous proposons un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir certaines informations que vous avez peut-être ratées.
Dans cet épisode : La Cour des Comptes appelle à modifier la procédure d’attribution de l’agrément des associations de la société civile pour lutter contre la corruption ; détricotage du Code de la Commande Publique, opacité en vue ; cryptomonnaies, quand des libertariens font appel à l’état ; Bretagne, l’Ankou épargne l’oligarque russe mais la Justice veille ; quand un média de l’oligarque français Bernard Arnault (LVMH) censure un entretien avec le patron du Parquet National Financier (P.N.F.) ; Multinationales. Une histoire du monde contemporain, un livre à découvrir, et Sophie Lemaître, prix Renaud Van Ruymbeke.
Avec cette livraison concernant le seul mois de décembre 2025 cette série Éléments d'actualité fiscale prend fin. Merci à celles et à ceux qui l’ont rendue possible, François Rault, très particulièrement, et à toutes celles et à tous ceux qui y ont trouvé de l’intérêt.
Nous réfléchissons à d’autres formats de partage d’information concernant des sujets explorés dans cette rubrique ou à d’autres sujets susceptibles d’intéresser le lectorat du Malotru…
Pour vous informer régulièrement, n’oubliez pas le site de l’Observatoire de la Justice Fiscale d’Attac France, mais aussi les sites d’associations comme Anticor, Transparency France, et l’Observatoire des Multinationales.
Chacun des faits mentionnés ci-dessous a été choisi – parmi bien d’autres – comme illustration significative de pratiques que nous combattons. Ces éléments nous paraissent utiles pour nourrir les débats et mener nos combats pour la justice fiscale.
FRANCE. SÉSAME, OUVRE TOI : La Cour des Comptes appelle à modifier la procédure d’attribution de l’agrément des associations de la société civile pour lutter contre la corruption
Précieux sésame que l’agrément qui permet à une association de se constituer partie civile, notamment en cas d’inaction du parquet, dans les affaires d’atteinte à la probité. Anticor, association engagée dans la lutte contre la corruption et pour l’éthique en politique (7000 adhérents, l’association fonctionne sans subvention ) fait partie des rares associations munies de ce fameux agrément pour ester en justice.
Certain(es) se souviennent encore des palinodies autour de l’agrément de cette association « gelé » par le gouvernement en juin 2023, un véritable « cadeau de Noël pour les corrupteurs » selon les termes de l'avocat de l'ONG, Me Vincent Brengarth. Pour rappel, le coût de la corruption - en 2023 - était estimé par l'Union Européenne à 120 milliards d'euros en France.
On se rappellera également, pure coïncidence, qu’en 2018, Anticor avait déposé deux plaintes pour prise illégale d'intérêts visant Alexis Kohler, alors secrétaire général de l'Elysée, concernant ses liens avec un armateur… Après 440 jours d’attente pour Anticor et 8 procédures en justice, dont la dernière décision, en date du 4 septembre 2024, le Tribunal Administratif de Paris ordonnait au Premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, d’examiner la demande d’agrément d’Anticor dans un délai de 24 heures sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à l’expiration de ce délai. Par arrêté du 5 septembre 2024, Gabriel Attal avait finalement renouvelé l’agrément d’Anticor, après avoir constaté que l’association remplissait parfaitement chacune des cinq conditions prévues par la loi.
L’association a été auditionnée par la Cour des Comptes dans le cadre de la « campagne de participation citoyenne ». Le 9 décembre 2025, la même Cour des comptes a rendu un rapport d’évaluation de la politique de lutte contre la corruption menée depuis 2013. Elle y constate l’importance des associations de la société civile pour lutter contre la corruption et appelle à modifier la procédure d’attribution de leur agrément.
Dans son rapport, la Cour fait d’ailleurs référence aux entraves portées à l’action d’Anticor et rappelle l’anomalie selon laquelle le précieux sésame est actuellement accordé aux associations par l’exécutif lui-même, ce qui n’est pas sans poser des difficultés. Le rapport interroge le rôle accordé au Gouvernement dans la procédure, « dans la mesure où les affaires de corruption sont susceptibles de concerner des membres du Gouvernement ». On ne saurait mieux dire. La Cour relève aussi l’imprécision des critères d’attribution de l’agrément et le caractère inadapté de sa durée, trois ans contre cinq pour d’autres secteurs associatifs.
Au moment où la même Cour, dans un autre rapport, constate les très faibles moyens accordés à la lutte institutionnelle contre la corruption, une réforme de l’agrément anticorruption pourrait constituer une première étape. À coût financier réduit, certes, mais quid du « prix politique » ?
►Évaluation de la politique de lutte contre la corruption : La Cour des comptes recommande de réformer l’agrément anticorruption des associations. Publié par Anticor, le 11/12/2025.
► L’association Anticor retrouve son agrément anticorruption. Publié par Anticor, le 05/09/2024.
► Question écrite n° 11418 : Agrément de l'association anti-corruption Anticor. Publie par l'Assemblée nationale, le 19/09/2023
FRANCE. LOBBYS et détricotage du CODE DE LA COMMANDE PUBLIQUE, opacité en vue
Suite aux promesses du Premier Ministre le 20 novembre 2025 au Congrès des Maires de France, le Gouvernement a présenté le mercredi 10 décembre un projet de méga-décret de simplification. Une mesure ressort de cet ensemble, la nouvelle hausse des seuils de dispense de publicité et de mise en concurrence des marchés publics. Le seuil « temporaire » de 100 000 euros pour les marchés publics de travaux sera pérennisé, mais le seuil des marchés de fournitures est relevé de 40 000 euros à 60 000 euros.
Ce cadeau répond directement au lobbying d’entreprises privées du BTP, à celui d’entreprises de conseil, bien présentes auprès des collectivités territoriales, et au lobbying des élus locaux et des organismes parapublics qui décrivent régulièrement le Code de la Commande Publique comme « une contrainte administrative qu’il faut détricoter »…
Selon Transparency France, « ces hausses vont faire passer dans l’opacité toujours plus de marchés publics, alors même qu’il s’agit d’une zone de risque importante de corruption comme l’a rappelé le nouveau plan 2025-2029 anti-corruption de la France. Sous ces seuils, les acheteurs publics pourront passer des marchés de gré-à-gré avec l’acheteur de leur choix, sans publication préalable d’une annonce publique ». L’association a opéré un travail de recherche précis pour obtenir l’identité des lobbys qui ont été à la manœuvre pour obtenir ce résultat. Il a fallu 9 mois pour obtenir les documents demandés. Transparency France a néanmoins été en mesure de retrouver le nom d’une partie des lobbys contributeurs à la consultation.
Incidemment, cette difficulté à accéder à des données d’utilité publique est symbolique de l’opacité de l’exécutif français sur ses relations avec les lobbys. Malgré bien des défauts, rappelons que la Commission européenne publie désormais en ligne l’intégralité des contributions extérieures à ses consultations publique...
L’enquête de Transparency International France (T.I.) fait apparaître dans le détail une puissante alliance des associations d’élus locaux, des organisations parapubliques et des entreprises de BTP et de conseil pour demander une hausse des seuils. Elle révèle aussi que ces lobbys ont déclaré à la HATVP (Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique) avoir dépensé en 2024 entre 2 millions et 2,6 millions d’euros en lobbying, et employé 20 lobbyistes. T.I. signale que ce calcul ne peut pas inclure les moyens des associations d’élus locaux car ces dernières sont dispensées de déclarations par la loi…
En face, si on peut dire, les objecteurs ou opposants à cette « simplification » douteuse du Code de la commande publique sont peu nombreux et sans moyens comparables : Transparency International France s’est opposée systématiquement aux hausses de seuils ces dernières années, tout comme Anticor.
Il est intéressant de constater qu’un acteur économique s’est opposé également à ces hausses, l’Alliance de la presse d’information générale. Elle a déclaré à la HATVP avoir effectué une action de lobbying en 2020 pour « Maintenir le seuil de publicité des marchés publics pour en préserver la transparence ». Selon T.I., cette position peut « s’expliquer par une part historique de l’activité économique de la presse quotidienne régionale, qui assure dans ses journaux la publicité de certaines offres de marchés publics ».
► Qui sont les lobbys qui obtiennent le détricotage du Code de la commande publique ? Publié pat Transparency International France, le 16/12/2025.
FRANCE. LA CRYPTOMONNAIE, ça craint ! Quand des libertariens font appel à l’état...
Dans notre précédente « livraison » d’Octobre-novembre 2025, nous avions consacré une rubrique aux violentes mésaventures d’une famille résidant à Saint-Coulomb prise dans une affaire de règlement de compte sur fond de bitcoins. Cet épisode confirmait combien les arnaques au bitcoin peuvent non seulement flouer des gogos mais aussi entraîner des violences physiques au sein même de nos territoires éloignés des grandes métropoles financières où se concentre le data-mining supposé garantir cette monnaie immatérielle aux promesses largement illusoires…
L’actualité de ces dernières semaines accentue ce constat d’un nouveau type de criminalité, parfois très violente, où se mêlent délinquance en col blanc et banditisme. La presse « grand public » elle-même s’y intéresse au titre des faits divers les plus spectaculaires, mais aussi les médias destinés aux plus aisés, peut-être à titre d’avertissement pour ces aventuriers souvent fiers d’afficher leurs exploits « libertaires »...
C’est ainsi qu’à la suite de notre article sur l’expédition punitive de Saint-Coulomb, une de nos lectrices nous a signalé un article très documenté sur ce sujet de Vanity Fair. Il aura fallu ce dernier numéro de notre série pour découvrir (!) ce magazine mensuel décrit comme « un rendez-vous incontournable des célébrités, de la politique et de la mode »...
Châteauroux, Vierzon, Suresnes, Valence, Saint-Coulomb, loin des cartels mexicains, la liste s’allonge de personnes, de familles même, séquestrées, voire torturées pour les mêmes motifs : La réussite facile, ou le narratif qui en est fait sur les réseaux sociaux, notamment, attise les convoitises. Il est vrai que de rares détenteurs de la fameuse monnaie se sont vanté d’avoir multiplié leur mise par... 100 000, rien de moins. L’argent facile fait toujours rêver : Dubaï, le poker, le trading, les cryptos, les influenceurs...
Selon une étude annuelle de l’Association pour le développement des actifs numériques (ADAN), 10 % des Français en possèdent. Ce sont aux deux tiers des hommes, plutôt jeunes, CSP +, même si 42 % d’entre eux gagnent moins de 30 000 euros par an. Et comme nous le rappelions dans notre dernière livraison, les cryptomonnaies sont devenues la nouvelle lubie libertarienne dans l’extrême droite française : Le complice du Rassemblement National, Éric Ciotti a déposé une proposition de loi, « visant à adapter la France au nouvel ordre monétaire en embrassant le bitcoin et les cryptomonnaies ». D’Éric Ciotti à Sarah Knafo, « ils proposent tout ce que le secteur réclame depuis des années », selon Grégory Raymond, cofondateur du média spécialisé The Big Whale. La nouvelle Ruée vers l’or... Alors, comment s’étonner de voir « une partie du banditisme hexagonal délaisser le narcotrafic pour le rançonnage, et lorgner sur ces cryptomillions réputés transférables en quelques clics ».
Une victime, David Balland, un des « entrepreneurs » français du milieu cultive, comme beaucoup de ses semblables un look cool, assurait être très discret et vivre dans une maison simple. Émilien X, un autre cryptoboy, lui aussi victime de violence liée à sa supposée richesse, assure : « Ma vie n’a pas changé. Pour moi, rentier, c’est comme chômeur, sauf que tu joues à la console dans une grande maison, et pas dans un studio de quinze mètres carrés sous les toits. » On appréciera la comparaison…
Vanity Fair cite aussi Alexandre Stachthenko, directeur stratégique de Paymium, qui, du fait des actes violents signalés, déclare que sa qualité de vie en a été très affectée. « Encore aujourd’hui, il regarde par-dessus son épaule et se méfie des camions louches un peu trop longtemps garés devant chez lui. » ; Ce président du Bureau des élèves d’HEC s’est présenté à la mairie de Paris en mettant le bitcoin et sa philosophie au cœur de son programme électoral. Il accuse les politiques et les médias, dont « les récits véhiculeraient une image trompeuse de son business ».
Il a participé, avec d’autres représentants de la communauté crypto, à la réunion de crise organisée par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, en mai 2025, à la suite de la violente agression dont a été victime la fille d’un pionnier du secteur et fondateur d’une plateforme d’échange de cryptoactifs. Des riverains ayant filmé l’attaque, les images ont fait le tour d’Internet et des journaux télévisés. Tout aussi horrible, l’évocation d’un auriculaire gauche sectionné par des ravisseurs à l’aide d’une grande pince coupante...
Malgré les mesures de sécurité annoncées, beaucoup se sentent abandonnés par l’État. Le magazine cite, entre autres, Owen Simonin, 28 ans, youtubeur suivi par 778 000 personnes sous le nom de Hasheur, l’une des premières victimes, attaqué à son domicile en janvier 2022: « Après la réunion du 16 mai à Beauvau, on nous a évidemment expliqué que l’on ne pouvait pas mettre un policier derrière chacun d’entre nous, ou derrière nos enfants. Alors ils nous ont donné des conseils basiques: ne pas prendre les mêmes chemins, se méfier des véhicules louches... C’est très léger. »
Voir ce petit cercle des libertariens - hostiles à toute fiscalité - accuser l’état d’être léger en France est plutôt cocasse. Ou plutôt, peut-être, révélateur de leur « philosophie » : Réduire l’état à sa seule fonction disciplinaire et répressive pour les ennemis de la « liberté d’entreprendre ». Trump n’est jamais loin…
Et le port d’armes « à l’américaine », non plus : Après la réunion au ministère de l’Intérieur du 16 mai 2025, le fondateur de Ledger, Éric Larchevêque (qui dépense entre 50 000 et 100 000 euros par mois pour sa sécurité) plaide ouvertement en faveur du port d’armes, demandant notamment que les professionnels du secteur puissent porter des armes de catégorie B, c’est-à-dire des armes à feu. Lui et ses collègues ont quand même obtenu du ministère de l’Intérieur que la priorité soit donnée aux professionnels du secteur en cas d’appel au 17. Le ministre de l’Intérieur a également autorisé, à titre exceptionnel, l’effacement de l’adresse des entrepreneurs sur les registres du commerce.
Éric Larchevêque n’est pas le seul à avoir peur. « Beaucoup ont consulté des psychologues » assure le magazine qui conclut ainsi: Pour vivre heureux, vivons cryptés… Vraiment ?
► Menaces, enlèvements en pleine rue et chantage… La peur s'immisce chez les rois de la cryptomonnaie. Publié par Vanity Fair, le 14/12/2025.
► Cryptomonnaies : l’extrême droite française laisse libre cours à sa nouvelle manie. Publié par Mediapart, le 19/11/2025.
► Criminalité dans le domaine des cryptomonnaies : halte aux idées reçues. Publié par le Ministère de l'Intérieur, le 11/07/2025.
► Kidnapping dans le secteur des cryptomonnaies : cinq suspects arrêtés et incarcérés pour « enlèvement » et « violences aggravées ». Publié par Le Monde, le 21/06/2025.
FRANCE, BRETAGNE. L’ANKOU ÉPARGNE L’OLIGARQUE RUSSE, MAIS LA JUSTICE VEILLE...
Pour vivre heureux, vivons cryptés… Pour vivre heureux, vivons cachés… C’est sans doute ce qu’avait pensé Vladimir Antonov, un oligarque russe récemment interpellé à Baden, le 9 décembre, près de Vannes (56) où il vivait depuis plus de huit mois en location dans une résidence avec une vue exceptionnelle sur le golfe du Morbihan. Discrétion assurée, pensait-il, tout comme cet habitant du voisinage cité par Ouest-France : « Moi, si j’avais eu besoin de me cacher, ce n’est pas dans une petite commune que je serais allé, parce que tout le monde se connaît. Ni dans une grande ville parce qu’il y a des caméras partout. Baden, par contre, c’était un très bon choix ».
L’homme était visé par un mandat d’arrêt européen suite à une enquête pour détournements de fonds en Lituanie. Vladimir Antonov et son partenaire lituanien, Raimondas Baranauskas, auraient siphonné des actifs et des fonds d’une valeur de 400 millions de livres (565 millions d’euros, 622 millions de dollars) de la grande banque lituanienne Snoras. Ils en avaient été, respectivement, président du conseil de surveillance et directeur général jusqu’à la nationalisation de la banque par le gouvernement lituanien en novembre 2011. Par la suite, Antonov avait tenté de racheter le constructeur automobile suédois Saab, et a même été brièvement propriétaire du club de football anglais de Portsmouth. La nouvelle de son arrestation en Bretagne a été largement commentée dans les milieux politiques et financiers de Vilnius où ils avaient été condamés, lui et son comparse, à plus de 10 ans d’emprisonnement pour détournement des avoirs bancaires évoqués ci-dessus. L’article, en anglais, du Baltic Times signale que les procédures d’extradition ainsi que de saisie des avoirs en Lituanie, au Royaume-Uni, et en France, n’ont pas tardé à se mettre en route, mettant un terme à sept ans d’enquête.
Le même article signale également qu’en 2015 Londres – Antonov et de Baranauskas résidaient alors à Londres - avait révoqué leur liberté sous caution et amorcé leur extradition vers la Lituanie. Mais ils étaient parvenus à fuir en Russie qui leur avait accordé le droit d’asile… Peu après, la famille d’Antonov en Russie souhaitait informer les instances judiciaires de la mort de l’inculpé. Comme on dit du côté de Baden, c’était oublier bien vite qu’en Bretagne les morts sont toujours vivants…
► Antonov, former co-owner of Lithuania's collapsed Snoras bank and Latvijas Krajbanka, arrested in France. Publié par Baltic Times, le 11/12/2025. (En anglais)
► Soupçonné de détournement de fonds, un oligarque russe interpellé dans le Morbihan. Publié par l’A.F.P. et Le Télégramme, le 13/12/2025.
FRANCE. PRESSE EN DANGER : Quand un média de l’oligarque français Bernard Arnault (LVMH) censure un entretien avec le patron du Parquet National Financier (P.N.F.)…
Difficile de nier que ces derniers temps la presse libre est en difficulté et que l’espace offert à l’information nécessaire aux citoyens en démocratie se réduit comme peau de chagrin. En France aussi. Oubliées les préconisations du programme du Conseil National de la Résistance (C.N.R.) afin d'empêcher par la loi la concentration des médias dans les mains de quelques milliardaires.
Faut-il rappeler que Arnault, Pinault, Bolloré, Saadé, Niel, Drahi, Kretinsky possèdent la majorité des journaux bourgeois nationaux. Ils favorisent, voire imposent, donc leur narratif, celui des ultra-riches qui défendent leurs intérêts de classe et cherchent à diviser les moins dotés en faisant diversion, jouant sur le fait divers, comme disait Bourdieu, n’hésitant plus à jouer, pour certains d’entre eux, la carte des thématiques chères à l’extrême-Droite…
Faire connaître au public les turpitudes financières des copains et des coquins, les milliards dissimulés au Fisc, par exemple, ou les trocs politico-financiers à-la-Sarkozy n’est évidemment pas dans leur intérêt . C’est ainsi qu’un entretien prévu le mercredi 10 décembre avec le haut magistrat Jean-François Bohnert, qui a dirigé pendant quatre ans le P.N.F., a été déprogrammé au dernier moment par la direction du quotidien Le Parisien/Aujourd’hui en France. Il devait notamment aborder la récente condamnation de Nicolas Sarkozy dans l’affaire des financements libyens. Les journalistes eux-mêmes ont appris cette annulation le mardi 9 décembre par le directeur de la rédaction, Nicolas Charbonneau qui l’a justifiée en affirmant que cet entretien n’intéresserait pas le lectorat…
On se rappelle que le PNF et son chef ont été vivement pris à partie publiquement, c’est un euphémisme, par Nicolas Sarkozy au sujet du dossier des financements libyens. Et, de manière générale, on sait combien l’activisme du PNF qui ne fait qu’appliquer la loi et assurer l’état de Droit dans des dossiers dits « sensibles » peut irriter certains milieux de la politique et du CAC 40…
La Société des journalistes du « Parisien » a réagi dès le 9 décembre à cette censure par un communiqué, voyant là « une preuve supplémentaire des difficultés à couvrir correctement les affaires judiciaires qui concernent Nicolas Sarkozy » et affirmant également que « cet épisode révèle la dérive vers une direction autoritaire de la ligne éditoriale, sans concertation et sans aucune contradiction possible. Sur le fond, nous nous interrogeons nous aussi sur les motivations de ce refus d’interviewer le patron du PNF, en sachant l’exposition très déséquilibrée de l’ensemble de la séquence relative au procès, à la condamnation en première instance et à l’incarcération de Nicolas Sarkozy ces derniers mois. ».
Sans vergogne, dès le lendemain, Le Parisien publiait d’ailleurs une page entière au nouveau livre de Nicolas Sarkozy.
À la suite de cet « incident », des sources internes au quotidien rappelaient qu’ une enquête sur l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine avait déjà été censurée en amont il y a deux ans, au motif que Vincent Bolloré (un ami de Bernard Arnault) faisait partie de ses donateurs. Selon Mediapart, « une interview du journaliste Jean-Michel Aphatie, auteur d’un livre très critique sur Cyril Hanouna, la poule aux œufs d’or des médias Bolloré, aurait également été déprogrammée par la direction du Parisien ». Ainsi qu’un article sur le film Merci patron ! de François Ruffin… consacré à Bernard Arnault. Parions que la liste est bien incomplète. L’argument invoqué selon lequel il existerait un manque d’intérêt du public pour le sujet a dû être servi plus d’une fois, et pas seulement au Parisien, jadis Libéré…
► « Le Parisien » censure une interview du patron du Parquet national financier. Publié par Mediapart, le 10/12/ 2025. (Pour abonnés)
► Une interview du chef du PNF annulée : "censure pure et simple" au "Parisien". Publié pqr Arrêt sur images, le 10/12/2025. (Pour abonnés)
► Quand la direction du "Parisien" annule un entretien avec le Parquet national financier. Publié par Marianne, le 10/12/2025. (Pour abonnés)
► « Merci patron ! » : « On est plus forts qu’on ne le croit ». Publié par Mediapart, le 23/02/2016. (Pour abonnés)
APRÈS NOËL, ON SOLDE...LES COMPTES DES MULTINATIONALES !
Offrez, offrez-vous, ou faites-vous offrir Multinationales. Une histoire du monde contemporain paru aux éditions La Découverte
Rattrapez-vous, il n’est pas trop tard. À Noël, vous ne saviez pas quoi offrir à…
... votre oncle qui travaille pour une grande entreprise et se plaint des régulations et des impôts ?
... votre cousin qui ne rêve que de créer sa startup et trouve qu'Elon Musk ça reste quand même un génie ?
... votre belle-sœur qui termine son Master en gestion Trading et qui s’inquiète de voir l’I.A. lui piquer l’emploi lucratif qu’elle convoitait
... ou à vous-même, qui avez besoin de faire le plein de sujets de conversation (sérieux ou non) pour l’année qui vient et où toujours parler de Trump vous donne des boutons
voici le cadeau idéal, à la fois divertissant et sérieux, fresque foisonnante et panorama critique sur notre modernité !
Le livre collectif Multinationales. Une histoire du monde contemporain, paru aux éditions La Découverte. Avec des contributions de bon nombre de collaborateurs et partenaires de l'Observatoire des multinationales, ainsi que d'autres universitaires, journalistes et experts.
De la Compagnie française des pétroles à Total, des premiers câbles télégraphiques sous-marins aux géants du web, de Rockefeller à Elon Musk, de la Compagnie des Indes orientales au « Commodity Trading », de IG Farben au RoundUp, de la machine à coudre Singer à ChatGPT, des « républiques bananières » au lobbys d'aujourd'hui, l'ouvrage regroupe une soixantaine de récits longs et une centaines de récits plus courts, datés de 1850 à 2025.
L'Observatoire des multinationales vous offre gratis quelques « bonnes feuilles » parues sur son site. Par exemple celles sur Unilever, détenteur de dizaines de grandes marques omniprésentes dans les supermarchés. On y apprend que ce géant mondial de l’agroalimentaire ne serait jamais devenu ce qu’il est sans le Congo belge et sa population, invisibilisée dans l’histoire officielle de l’entreprise.
C’est ici :
► Lever Brothers, ancêtre d’Unilever : une prospérité bâtie sur l’huile de palme et sur le Congo belge . Publié par l'Observatoire des multinationales, le 09/12/2025.
Prix Renaud Van Ruymbeke
Rappelons, enfin, que Sophie Lemaître, docteur en droit, a reçu le prix Renaud Van Ruymbeke pour son livre Réduire au silence. Comment le droit est perverti pour bâillonner médias et ONG paru aux éditions Rue de l'échiquier en septembre 2025.
L’ouvrage permet de comprendre les leviers utilisés pour bâillonner les lanceurs d’alerte, les journalistes, les acteurs anticorruption et la société civile dans son ensemble. L'essai propose également une "boîte à outils" citoyenne pour mieux comprendre et résister aux attaques juridiques évoquées dans son livre. Le prix Renaud Van Ruymbeke est remis par Transparency International France en partenariat avec Le Nouvel Obs.
En 2018, Sophie Lemaître avait déjà reçu le 2e prix de thèse de la Fondation Rennes 1 du secteur recherche Sciences humaines et sociales récompensant les travaux de recherche innovant pour sa thèse Le droit à l'épreuve des flux financiers illicites dans les industries extractives, sous la direction de Nathalie Hervé-Fournereau. Par la suite, en 2019, elle a reçu le prix éthique de l'association Anticor.
Rappelons que le prix Renaud Van Ruymbeke est créé en hommage au magistrat Renaud Van Ruymbeke, connu pour son engagement en faveur de l'intégrité publique. Le comité local Attac Pays de Saint-Malo/Jersey n’a pas oublié l’honneur qu’il nous fit en acceptant de venir partager avec nous, lors d’une mémorable réunion publique, son expérience de magistrat, notamment, face à la délinquance en col blanc...
► Sophie Lemaître a reçu le prix Renaud Van Ruymbeke. Publié par IODE - Institut de l'Ouest : Droit et Europe. Décembre 2025.
► 4 questions à Sophie Lemaître, 1ère lauréate du Prix Renaud Van Ruymbeke. Publié par Transparency International France, le 09/12/2025.
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