Quand Jersey se fait -doucement- gronder… et fait les yeux doux aux cousins normands et bretons

Le blanchiment d'argent continue à Jersey pour les fortunés. Pendant se temps, l'économie local souffre de ses liens avec le Royaume-Uni.

Un expert en délinquance financière, David Lewis, ancien membre de la taskforce action financière de l'OCDE, s'est rendu récemment à Jersey. Devant un aréopage de membres de la finance locale, il a rappelé que des progrès restaient à faire en matière de transparence et que bon nombres d'entreprises financières se contentaient encore de « cocher les cases » des formules de conformité sans respecter concrètement les obligations auxquelles ces formules envoyaient. Certaines « gelaient » même par avance des fonds de réserve dans leur « business plan » pour payer l'éventuelle amende à laquelle elles s'exposaient en cas d'investigation et de condamnation.

La crainte que cela se produise est inversement proportionnelle au nombre d'inspecteurs dont disposent les agences internationales de supervision et de contrôle… Il cite un chiffre qui résume bien l'ampleur du problème, indice de la complaisance de nos états à l'égard de cette immense réalité de la fraude et de l'évasion : les unités de renseignement spécialisées dans ce domaine à l'échelle du monde rassemblent six mille agents, soit la moitié de ce qu'une seule banque, HSBC, emploie dans ses unités de conformité ! « Il y a là comme un problème », assure M. Lewis. On ne saurait mieux dire.

L'orateur a tenu à rappeler à son auditoire qu'il s'agissait non seulement de risques sérieux d'argent éventuellement blanchi issu d'entreprises transnationales ou de grandes fortunes mais aussi d'argent qui alimente le trafic d'êtres humains, l'exploitation illégale d'espèces menacées, des crimes environnementaux, des trafics d'armes, de faux médicaments ou de drogues sans parler de ce qui pouvait alimenter la guerre de Poutine par toutes sortes de canaux opacifiés par ces entités douteuses.

Pointant directement Jersey l'expert se contenta de conclure ainsi : « Pour ce qui est de Jersey, la direction prise au niveau international pour assurer une plus grande transparence en matière de propriété réelle et ultime des entreprises et des trusts (fiducies) est vécue comme une menace pour l'économie de l'Île et les économies comparables ». On peut penser qu'à ce moment, avant de se tourner vers les petits fours, on entendit un ange passer dans la grande salle du symposium de ce « petit » paradis...

Texte intégral, en anglais, accessible sur le site du Jersey Evening Post.

 

En « politique intérieure », le Député leader de l'Opposition Sam Mezec (Reform Jersey) ne mâche pas ses mots pour fustiger l'incapacité de la nouvelle majorité à faire évoluer favorablement une des questions les plus aigües de l'Île, la question du logement. Dans une de ses formules dont il a le secret, il résume ainsi son jugement: « Leur effort porte plus sur la carotte que sur le bâton »… Mesures incitatives modestes, vague mention d'un recours ultime à l'expropriation, mais concrètement inenvisageable et quasi impossible dans les faits. En attendant, 4 000 logements seraient vacants sur l'Île…

Texte intégral, en anglais, accessible sur le site du Jersey Evening Post.

 

Une information concernant les liens, économiques notamment, entre Jersey et notre région pourrait intéresser nos entreprises malouines et régionales.

Le Brexit et la « souveraineté", alimentaire, en particulier, de Jersey, mais aussi la question environnementale, sans parler des aléas de la météo qui ont mis en évidence la vulnérabilité de Jersey ont poussé certains élus de l'Île a mettre à l'agenda une réorganisation sérieuse des filières susceptibles d'assurer la vie concrète de leur population. On a déjà évoqué la perte considérable, suite aux obligations de passeport pour les visiteurs français, de la manne touristique que représentaient les voyages scolaires, les visites individuelles, familiales ou par des tour operators… Mais outre sa bien fragile souveraineté politique (Jersey s'est vu imposer un Brexit sans avoir jamais été consulté) et énergétique (on se rappelle des menaces de la Ministre de la mer de notre pays lors des affrontements sur les droits de pêche…), l'Île anglo-normande découvre brutalement sa vulnérabilité alimentaire.

Rayon alimentaire 1Les jersiais découvraient au mois d'août que Woodside Farm, producteur local (cinquième génération) qui assurait 80% des légumes frais consommés sur l'Île, cessait ses activités, mettant en évidence l'insécurité alimentaire de Jersey, sa dépendance croissante du Royaume-Uni, et sa vulnérabilité pendant les mois d'hiver en particulier lorsque la météo empêche d'assurer les liaisons maritimes avec la lointaine Grande-Bretagne « mainland » comme on l'appelle parfois à Jersey (Voir photo ci-dessous, au lendemain d'une tempête en fin d'été).

Le Ministre du Développement économique, Kirsten Morel semble sérieusement envisager de se tourner vers la Normandie et la Bretagne pour trouver des solutions concrètes à cet épineux problème, envisageant même de se tourner vers l'implantation sur l'Île de distributeurs français de produits alimentaires. Reste à souhaiter que la seule grande distribution ne se jettera pas sur cette opportunité au détriment de producteurs régionaux de qualité fournissant des commerces de détail dont bien peu sont parvenus à survivre sur l'Île. L'enseigne Carrefour semble déjà très intéressée…

Texte intégral, en anglais, accessible sur le site du Jersey Evening Post.

Une délégation de Jersey et Guernesey était en visite à Rennes mardi 18 octobre 2022. Elle assurait souhaiter resserrer les liens avec ses proches voisins, la Bretagne et la Normandie. Philip Ozouf, en charge des Relations extérieures pour le gouvernement de Jersey, élargissait les perspectives au-delà des questions des besoins alimentaires de l'Île : «Notre volonté, aujourd’hui, est de développer des relations de confiance avec nos voisins français. La Bretagne et la Normandie, ce sont nos cousins (…) Nous sommes une économie ouverte. Vos entreprises sont les bienvenues, avec leurs savoir-faire. Certaines sont déjà bien implantées, comme Legendre, le groupe rennais de BTP, qui réalise de grands chantiers de construction chez nous. Nous sommes également en recherche de main-d’œuvre qualifiée, notamment dans l’hôtellerie-restauration ».

Condor (à participation minoritaire de Brittany Ferries) a déjà annoncé augmenter sensiblement ses rotations de fret sur la route Jersey/Saint-Malo à partir d'avril 2023 et la compagnie française Nostos Marine devrait pouvoir assurer également du transport « de gros » dans les mois à venir…

Pour rappel, 350 000 tonnes de produits ont été importés par Jersey l'an passé. 0,5% seulement venaient de France !

Pour rappel également : Distance Jersey/Portsmouth 120 miles nautiques, soit près de 200 km. Distance Jersey/Saint-Malo moins de 40 miles nautiques soit près de 65 km…

On comprend que le Ministre Kirsten Morel mette également en avant la réduction notable des émissions carbone. D'autres entreprises que Carrefour et les majors régionales du batiment et d'autres services ou productions se signaleront-elles face à cette offre ? La C.C.I. jouera t-elle un rôle pour assurer une très souhaitable information et une diversification des réponses ? À suivre, bien sûr.

Les autres articles de cette série

Éditorial ► Évasion fiscale, paradis fiscaux, finances, Jersey…

1ère partie ► Une coupe empoisonnée et une drahison

2ème partie  ► La Cour Européenne de Justice : transparence oui… mais finalement non

3ème partie  ► Les anglo-normandes, remue-méninges à tout-va

5ème partie  ► Hommage : Renaud van Ruymbeke publie Offshore

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